Aimer Glousser

Une vie de rêve, de Marian Keyes. Ou quand trois femmes frôlent la crise de nerfs lorsqu’arrive le prince charmant

17 décembre 2013

Pour être heureux, cultivons notre jardin, dixit Voltaire en conclusion de Candide. Pourtant, si l’humain cultive quelque chose, c’est surtout sa propension à croire que l’herbe est plus verte chez le voisin. Elle y semble toujours plus grasse, plus flamboyante. Mais comment fait-il ? Même les trèfles à quatre feuilles y sont plus nombreux !

Moi, ma vie de célib’ s’apparente plutôt à une prairie. C’est grand, une prairie. Bien plus qu’un jardin. On y trouve beaucoup d’opportunités de carrière/voyages dans les herbes folles et les rencontres amicales se font au beau milieu des fleurs des champs. Les soirées arrosées sont pleines de drôles d’oiseaux et les amourettes se perdent dans les bourrasques de vent.

Dernièrement, j’ai tenté d’y faire un potager dans un coin, histoire de me mettre à cultiver un début de jardin, moi aussi (parce que c’est bien beau les prairies, mais personne ne s’y arrête vraiment pour s’installer confortablement et boire un coup). Comme je n’ai pas vraiment la main verte, j’avais mis à contribution un séduisant mâle qui paraissait content à l’idée de gambader librement dans ma vie-prairie.

Hélas, il s’avère que le jeune homme ne m’avait raconté que des salades puisque, prenant peur devant l’ampleur de la tâche (dur-dur de rouler une pelle), il est vite retourné dans le jardin d’où il provenait à l’origine : celui de son ex-copine.

Bien que ce jardin-là ne pouvait lui offrir qu’une perspective de bonheur basique (à base de projet de bébé qui naît dans les choux), c’est là-bas qu’il a décidé d’aller bêcher, me laissant pour tout outil… un râteau.

Peut-être que l’idée de planter des carottes dans un nouveau terrain l’avait effrayé, ou alors il n’a pas su apprécier à sa juste valeur la rondeur de mes tomates… (hoho !).

Toujours est-il que, suite à sa démission, j’ai abandonné mon potager à son triste sort pour continuer à explorer ma prairie en solitaire. En général, c’est après ce type de déception que je me mets à lorgner sur le jardin de mes copines, cette question au bout des lèvres : pourquoi le soleil brille-t-il plus fort dans leurs vies ?
La jalousie est un défaut récurrent chez tout être humain, et encore plus chez les femmes, il faut le dire. Le bonheur scintillant de nos amies nous renvoie inévitablement à nos échecs, notre impression d’avoir loupé un truc, comme si nous avions fait une erreur d’appréciation et planté nos légumes sur le mauvais terrain depuis le début. C’est clairement cette impression qu’ont les trois héroïnes de Une vie de rêve, d’ailleurs.

Pourquoi lire Une vie de rêve ?

** Parce que c’est une croustillante histoire de chassés-croisés amoureux.
Tout commence avec la rédactrice en chef d’un magazine féminin de Londres, Lisa. Convoquée par ses supérieurs en vue d’une promotion, l’arrogante jeune femme, qui s’attend à être promue dans un magazine ultra-réputé de New York, se retrouve envoyée à Dublin pour lancer une revue féminine chic et sexy nommée Colleen.
Pour Lisa, c’est la mort. Adieu la vie qu’elle avait tant rêvée ! Elle se voit obligée de déménager dans un pays qu’elle abhorre, forcée de vivre dans une capitale qui lui semble bien loin de l’ambiance « branchée » londonienne. Là-bas, on lui confie une équipe réduite et un chouïa bizarre avec, pour adjointe, une dénommée Ashling, qu’elle considère comme totalement has-been.
En vérité, Ashling ne souhaite rien de plus que de vivre un conte de fées comme celui de sa copine Clodagh avec le combo maison/mari/enfants. Alors que Clodagh, elle, rêve de vivre comme elle l’entend, un peu à la manière d’Ashling.
Forcément, un jour, ça va swinguer ! Avec l’arrivée du « prince charmant », chacune va tenter de tirer la couverture à soi. Entre jalousies, tensions et prises de bec, l’atmosphère promet d’être électrique. Reste à savoir comment elles parviendront à tenir debout.

** Parce que les personnages y frôlent la crise de nerfs et beaucoup se sentent vidés de leur substance. Certains flirtent avec la dépression nerveuse ou finissent même par tomber dedans ! Chacun y va de son petit côté névrosé et, quelque part, c’est drôle, d’autant plus que ça les rend tous très attachants.
Ainsi, Ashling ne peut pas partir en soirée sans avoir tiré les cartes au tarot, Lisa se rassure à force de soins et de fringues à des prix outrageux et Clodagh supporte bien mal ses enfants. (et encore, je caricature) Ces héroïnes sont imparfaites et on aime ça. Beaucoup-beaucoup.

** Parce que si vous vous êtes toujours demandé comment ça se passe dans les coulisses d’un mensuel féminin, vous en aurez un aperçu plutôt convaincant. Je crois que l’auteure a voulu dénoncer les travers de journalistes qui profitent allègrement de leur statut pour bénéficier de cadeaux et services gratis. C’est toujours intéressant à lire d’un point de vue sociologique, non ?

Pourquoi je vous le recommande ?

Aaah, Marian Keyes. Beaucoup vous le diront, cette auteure est une valeur sûre.
Après Le club de la dernière chance, que j’ai beaucoup apprécié, j’ai suivi le conseil de ma chère blogo-copine Atalanta une fois de plus en me jetant sur ce titre. J’y étais tellement accro que je l’ai embarqué pendant mon week-end à Birmingham (en Angleterre) où il a été ballotté sans ménagement. (j’ai d’ailleurs tenté de le chercher en VO mais j’ai vite abandonné, toute obnubilée que j’étais par les boutiques du mall en centre-ville).
Une vie de rêve, donc, c’est un peu un roman-coup de foudre. Il fait l’effet d’un paquet de Kinder Schokobons que l’ont reçoit à Noël : quand on l’ouvre, on sait qu’on va déguster de la bonne came. Le tout, c’est de savoir si on sera capable de ne pas le liquider trop vite.
L’intrigue tient bien en place. On peut tenter de deviner qui finira avec qui, bien sûr, mais Marian Keyes a le chic pour nous flouer sur certains « destins amoureux ». Et ce qui me plaît le plus, c’est cette manie qu’elle a de mettre systématiquement un ver dans la pomme. (parce qu’il y a toujours quelque chose de pourri au royaume de Marian Keyes !)
Dans Une vie de rêve, les apparences sont trompeuses, certes, mais les personnages fallacieux ne sont pas forcément ceux que l’on croit…
Bon, et sinon, quelqu’un sait si les bouquins de cette auteure ont été adaptés à l’écran ?

ophelie

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13 Comments

  • Reply Geny║Marron Chantilly 18 décembre 2013 at 2:06

    Elle me plairait bien cette histoire. J'aime beaucoup ce genre de roman féminin!

  • Reply Ophélie Blibli 18 décembre 2013 at 2:14

    En fait ça me fait penser aux comédies romantiques de Noël, style "Love actually" ! 🙂

  • Reply Geny║Marron Chantilly 18 décembre 2013 at 2:16

    Et puis, on a le droit de rêver!

  • Reply Ophélie Blibli 18 décembre 2013 at 2:21

    Là, il y a de quoi ! Surtout qu'il y a toujours un "happy end" dans ce type de livres 🙂
    "Prince charmant, où es-tu ?"

  • Reply Geny║Marron Chantilly 18 décembre 2013 at 2:44

    J'en ai eu un du genre "Sexe, diamants et plus si affinités", en lisant le dernier mot, j'ai tourné la page blanche qui suivait pour m'assurer qu'il n'y avait pas une fin qui se cachait. lol

  • Reply Ophélie Blibli 18 décembre 2013 at 2:52

    AH OUI ! Celui-ci, je l'ai vu dans la bibliothèque d'une copine et j'ai hésité à le lui emprunter ! C'est quoi l'histoire, en gros ?

  • Reply Geny║Marron Chantilly 23 décembre 2013 at 10:14

    Un peu une histoire à la Sex and the city. La vie professionnelle et surtout amoureuse de 3 amies vivant à Manhattan, dont 2 se sont lancé le défi de changer de comportement vis à vis des hommes. La "Samantha" doit arrêter son libertinage et se mettre à la monogamie (relation construite avec un homme et un seul) et la "Charlotte" doit sortir de son romantisme éternelle et se dévergonder un peu …

  • Reply hollygolightlyschronicles 24 décembre 2013 at 1:14

    C'est sur que Bullring à Birmingham, c'est le paradis du shopping (et moi qui suis une grosse accro aux romans, je préfère nettement aller dépenser mon salaire d'assistante dans des fringues) et puis comme j'habite à 10 min en train de cette ville (ndlr : Coventry), j'y vais le plus souvent possible. Sinon "Une vie de rêve" … je l'ai lu il y a quelques années maintenant mais je m'en souviens encore (je me souviens que l'ex de Lisa est un beau chocolat non ? Car cela m'avait surprise à l'époque (pas que je suis raciste non ! Mais ça changeait des histoires habituelles)). J'avais beaucoup aimé le style d'écriture (en revanche, elle m'a fait déchanter avec les soeurs Walsh dans l'ensemble). Ca me changeait de d'habitude (car je suis une grosse bouffeuse de Chick-Lit) en tout cas.

  • Reply Ophélie Blibli 27 décembre 2013 at 12:39

    J'aime bien les histoires de femmes qui se lancent un "défi" dans leur vie amoureuse ! Je trouve ça chouette de voir le parcours qu'elles suivent, quel que soit leur milieu social finalement, ça montre qu'on peut y arriver aussi (même si ce sont des personnages fictifs ^^). En général j'aime beaucoup la chick lit pour cette raison : c'est positif, ça délivre le bon message. Je suis un peu Bisounours dans l'âme !

  • Reply Ophélie Blibli 27 décembre 2013 at 12:44

    Ah une habituée de Birmingham 🙂 le Bullring est vraiment impressionnant, et la foule qui y déambule l'est plus encore ! La réflexion que je me suis faite c'est surtout "Comment ne pas acheter dans un endroit pareil ?" Chaque vitrine est un appel à la dépense du compte en banque !
    Et je suis contente que tu aies lu "Un vie de rêve", ça fait plaisir d'en parler avec une connaisseuse du titre ! Oui, l'ex de Lisa est un splendide anglais tout chocolat, a priori grand et baraqué. Et en effet, on s'étonne qu'une femme comme elle, qui, a priori, semble très maniérée, en soit amoureuse. Il n'y a que Jack, le patron, que je n'arrivais pas à me représenter dans mon imaginaire (ou peut-être en mec tout chiffonné avec ses chemises mal boutonnées). Par contre, je n'ai pas lu un seul livre de la saga des soeurs Walsh ! Est-ce que ça vaut le coup de se pencher sur leurs cas ?

  • Reply Geny║Marron Chantilly 27 décembre 2013 at 5:09

    C'est bien pour ça que cette histoire m'a scotché mais j'étais tellement prise dedans que je voulais en savoir plus!

  • Reply Atalanta 19 janvier 2014 at 9:33

    Coucou Ophélie. Je suis heureuse de constater que tu as autant apprécié ce bouquin que moi. Personnellement, Liza est mon personnage féminin favori de toute la galerie de Marian Keyes. Je ne me souviens plus si je t'avais recommandé ". réponds si tu m'entends" et "un homme trop charmant". Et je ne trouve pas de traduction de Brightest star un the sky" que j'ai également beaucoup aimé. Quand à la série TV, il semble que Lucy Sullivan ait eu son heure de gloire il y a déjà un petit moment: http://www.imdb.com/title/tt0206105/?ref_=nm_flmg_wr_3
    Mais je suis comme toi. J'adorerais voir une adaptation d'une vie de rêve ou du club de la dernière chance.

  • Reply Ophélie Blibli 19 janvier 2014 at 4:48

    Non tu ne m'avais pas parlé de ces titres, mais je les avais vus en vente sur Amazon et je n'ai pas encore osé y toucher. Mais je crois que, de toute manière, je devrais les acheter en VO maintenant, d'autant plus que ça ne fera que me servir puisque mon année à Budapest sera toute indiquée pour devenir fluent en anglais. Et le personnage de Liza, je l'ai trouvé très fort, très indépendant, et son évolution dans le roman a été très intéressante, très bien rendue d'ailleurs…
    Quant au lien que tu m'as indiqué dans ton com', merci 🙂 Il faut que je trouve un site où regarder la série !

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