Trembler

Jon Shannow, de David Gemmell. Ou le justicier qui se bat pour la paix dans un monde dévasté

15 janvier 2014

Qu’elle soit verbale ou physique, je n’ai jamais été très douée pour la bagarre. Hormis quelques bastonnades au sein de ma fratrie lorsque nous étions gamins, j’ai toujours eu le corps faiblard et le regard fuyant quand il s’agissait d’en découdre pour de bon avec l’adversité.
Mais pour ce qui est de regarder les autres violenter leurs prochains, par contre, c’est autre chose. Je sais faire. J’aime surtout ça quand c’est le gentil qui démonte consciencieusement le gros méchant. L’esprit correctionnel de la chose me met dans un état de jubilation un chouïa excessive. Et c’est pour cette raison que, chaque matin, je déguste mon p’tit déj’ devant des dessins animés du style Les 4 Fantastiques, The Avengers, ou bien encore The Ultimate Spiderman. (oui, à 25 ans, je reste à peu près équilibrée)
A dire vrai, je crois que mon goût pour la baston-justicière s’est développé dès le lycée.
En 2nde, l’une de mes amies souvent jalousée par les pimbêches de la cour de récré me fascinait pour sa facilité à se défendre en toutes circonstances. Je me souviens d’un jour où, après un cours de sport en plein hiver, elle en était venue aux mains avec une pouffe que l’on surnommait « Tête d’Orange » (rapport au fond de teint sur lequel elle avait la main lourde), cette dernière étant la spécialiste de l’insulte gratuite et injustifiée.
Dans les vestiaires du gymnase, donc, Tête d’Orange avait sorti le mot de trop. Si bien qu’en l’espace de quelques secondes, ma vaillante amie s’était changée en Incroyable Hulk pour livrer une bataille au corps-à-corps hyper-mémorable qui s’était terminée en beauté sous les douches communes, dans de grands cris aigus et de grosses poignées de cheveux arrachées. Balèze. Mon amie forçait le respect et, à ses côtés, je me suis sentie presque invincible tout au long de ma scolarité. (big up si son oeil passe par ici, d’ailleurs !)
Aujourd’hui, c’est cette satisfaction de voir les emmerdeurs bien emmerdés qui me pousse à lire des histoires avec des héros, petits ou grands, qui remettent de l’ordre dans l’immense bazar de la vie. Aux éditions Bragelonne, j’y trouve souvent mon compte. Et parmi les gros bras au grand coeur de leur large panel, on trouve Jon Shannow.

Pourquoi lire l’intégrale de Jon Shannow ?

** Parce que c’est le récit d’un homme qui ne paye pas de mine mais qui tabasse sévère dans un monde où la barbarie fait rage.
Prenez notre univers, après la Chute, après Armageddon, lorsque les mers ont submergé les terres et défiguré à jamais la surface de la planète. Si les hommes ont survécu, ils ont énormément souffert, contraints de reconstituer une humanité bancale (aux règles de vie approximatives) sur un sol pollué par les produits chimiques et les radiations. La plupart vivent en communauté, certes, mais ne sont pas à l’abri des Brigands, des mecs sans foi ni loi qui s’amusent à piller les fermes et, bien sûr, à tirer sur tout ce qui bouge.
C’est là que débarque Jon Shannow, avec son look de vieux cow-boy revenu de la basse-fosse, les fusils en alerte dès qu’on l’appelle à l’aide pour dézinguer la vermine. Sauf que sa réputation le précède, et le héros fait peur à tout le monde… On le connaît pour sa quête impossible, celle de trouver une ville disparue depuis des siècles, qui n’est autre que Jérusalem, LA cité où il pense pouvoir trouver les réponses aux questions posées par la Bible, ce livre sacré qu’il aime tant et dont il connaît chaque verset par coeur.
Un jour, Jon Shannow apprend qu’un type sanguinaire cherche à lui faire la peau : il se nomme Abaddon, et il est le chef d’une armée de fanatiques qui, dans le but d’apaiser les Pierres de Sang (des météores magiques), pratiquent le sacrifice humain. (yummy) Sauf qu’Abaddon n’est pas très malin : sa soif de pouvoir l’amène à capturer la seule femme dont Jon est tombé amoureux. Pour la libérer des griffes de l’affreux et limiter les désastres d’une guerre qu’il ne comprend pas, ce fabuleux héros devra faire preuve de patience, de courage et de détermination… Un homme seul contre la multitude, c’est beau.

** Parce que ce n’est pas qu’une histoire de flingueurs dans un far-west revisité. Plus on avance dans la trilogie, plus on découvre les raisons de la fin du monde, sur fond de magie et d’univers parallèles que l’on traverse via de mystérieux portails temporels. On y découvre les cités de l’Atlantide, surgies des fonds marins et gouvernées par un roi taré. On y rencontre même des peuples victimes de mutations génétiques, des créatures engendrées par les bêtises de notre siècle et pour lesquelles il n’y a plus aucune solution…
L’intégrale regorge de rebondissements en tous genres et on s’y régale à fond les mirettes.

** Parce qu’au-delà des problématiques « magiques », l’auteur pose une véritable question : que laisserons-nous aux humains du futur, après avoir salement amoché la planète ? Quand viendrons-nous à bout de nos ressources et provoquerons-nous la Chute de l’humanité ? Les hypothèses du livre sont nombreuses. Certaines sont plutôt inquiétantes. Jon Shannow… un livre pro-écolo ? Je me le demande encore.

Pourquoi je vous le recommande ?

J’ai ÉNORMÉMENT apprécié cette intégrale. Difficile de passer à un autre livre après ça.
Le personnage de Jon Shannow est doté d’une aura particulière, un peu mystique, et je l’ai réellement ressenti en cours de lecture. Tout est calculé pour qu’il incarne une légende… C’est un mec, un vrai. Le genre de type que l’on respecte pour sa droiture et son sens de la justice, mais que l’on craint. Et le comble, c’est qu’il n’a jamais cherché ce statut.
Car tout ce qui intéresse cet homme, c’est de vivre en accord avec les écritures saintes. Du coup, si le personnage semble plutôt froid au début de l’aventure, on en vient vite à souhaiter sa venue et à appréhender avec impatience ses actions héroïques… et toujours radicales. (je me suis souvent surprise à sourire en pensant « Oh toi, petit Brigand, tu vas comprendre ta douleur, héhé« )
Et puis je m’avoue très impressionnée par la capacité de feu David Gemmell à parler de fanatisme religieux sans virer dans le glauque ou le bien-pensant. Néanmoins, il n’a pas hésité à en dénoncer les travers, quitte à faire revivre au lecteur un déjà-vu style « Inquisition médiévale ».
En clair, la trilogie Jon Shannow, c’est de l’aventure bien dosée et haute en couleurs servie sur 735 pages. Je rêve d’une adaptation cinématographique façon Le Livre d’Eli avec Denzel Washington, mais en amélioré. Faut pas déconner.

ophelie

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4 Comments

  • Reply Atalanta 16 janvier 2014 at 7:20

    Magie, univers parallèles, Atlantide et écologie? Voilà un cocktail qui devrait me plaire et tu as réussi une fois de plus à piquer ma curiosité, Ophélie. La pensée biblique en revanche , me calme un peu. Et pour tout te dire j'ai détesté, mais vraiment détesté le livre d'Eli. A part le passage à Alcatraz… Bon il faut qu'on discute de tout cela autour d'un bon chocolat chaud. Quand est-ce que tu viens à Paris?

  • Reply Ellen A Paris 16 janvier 2014 at 8:48

    Hello Ophélie,
    Le début de ton post = la grosse marade du jour (oui c'est pas très élégant, mais oui, j'ai ri 😉
    Je pense que tu devrais écrire un livre, juste pour me faire rire, ce sera ta contribution au bonheur dans le monde hu hu !
    Encore un livre que tu me donnes envie de lire, moi z'aussi j'aime les héros #team Jiiiim.
    Des bisous ma belle <3

  • Reply Ophélie Blibli 19 janvier 2014 at 4:38

    Coucou Cécile ! 🙂 Eh bien moi aussi j'avais moyennement aimé Le Livre d'Eli, l'univers de Jon Shannow y fait juste penser par le côté "on vit dans un monde post-apocalyptique un peu far west", la magie en plus, bien sûr ! David Gemmell a surtout voulu dénoncer la facilité de l'être humain à s'approprier des croyances et à s'y ranger aveuglément, et j'ai trouvé que cette dimension enrichi mille fois le texte, même si, au fil des tomes, cela s'efface peu à peu au profit de l'action. Mais on pourra en parler samedi 25 janvier, à la Green Beauty Party ! J'y serais 🙂

  • Reply Ophélie Blibli 19 janvier 2014 at 4:42

    Haha ma Ellen, quand j'aurais un peu plus de temps, peut-être que je me pencherai sur l'idée d'écrire un livre adapté de ma vie juste pour te faire marrer les jours où t'as pas le moral ;p (un futur best-seller, qui sait ? reste à trouver un titre !)
    Et ouiii, comme Jiiim, Jon Shannow aussi est poivre et sel ! (il lui arrive même de rajeunir selon les tomes) Les grands ténébreux qui rendent justice dans un monde plein d'affreux… grrr ! Bisous et à samediii !!

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