Réfléchir Rire

Je ne me souviens de rien et autres réminiscences, de Nora Ephron. L’une de mes plus belles rencontres

29 avril 2013

C’était il y a quelques semaines. Un achat irraisonné comme je suis capable d’en faire lorsque j’ai le moral en miettes. Le livre était là, posé sur une étagère du dessous, avec ses petits copains aux titres irrésistibles. J’étais dans un centre culturel appartenant à une grande chaîne dont je tairais le nom. Normalement, je ne dépense jamais mon argent dans ces endroits-là : j’ai une éthique, vous savez.
Pourtant, le format proposé par la maison d’édition Baker Street (que je ne connaissais pas, soi-dit en passant) m’a plu d’emblée : couleur mate, couverture épurée et… couleur flashy. Et je n’ai pas pu résister à la seule illustration figurant sur la couverture… une machine à écrire. Oui. Comme dans Populaire.
Il fallait que je m’empare de ce livre.

Pourquoi lire Je ne me souviens de rien ?

Il faut déjà savoir qui est Nora Ephron. Elle est la génialissime scénariste des films à succès Quand Harry rencontre Sally, Nuits blanches à Seattle ou Vous avez un mess@ge. Scénariste donc, mais aussi réalisatrice et productrice. Autant de talents réunis en une seule personne, c’est trop injuste.
Nora a quitté ce monde à l’été 2012, alors qu’elle n’avait que 71 ans. Dans ce livre, elle a compilé de petits textes sur des événements et des choses qui ont marqué sa vie. Le tout sans lâcher le style humoristique qui la caractérise si bien.

 

Pourquoi je vous le recommande ?

(Pour les habitué-e-s du blog, vous remarquerez que je passe directement à mon avis personnel. C’est parce que ce livre ne mérite pas qu’on en souligne les points forts : il est un point fort à lui tout seul ! Parlons-en avec le cœur.)
Ma rencontre avec ce livre – et avec Nora – s’est faite par le plus grand des hasards. Même après de nombreuses hésitations, ma petite main innocente l’a conservé jusqu’à la caisse. Et bien m’en as pris !
Une fois au lit le soir venu (sans ma tisane)(je ne bois plus de tisane)(la cuisine se trouvait trop loin de moi en fait), je me retrouvais pourtant quelque peu stupéfaite : l’auteure réservait à son lecteur de mini-textes au ton sucré, le tout dans un format patchwork qui a eu le mérite de me désorienter pendant deux « chapitres ».
Puis… vint le moment intense de la séduction.
Notons que mon attrait pour ce bouquin tenait sûrement au fait que je fasse partie du métier (à mon niveau, cela dit. Je n’ai encore jamais mis à pied aux USA, et encore moins à Hollywood)(oh monde cruel).
Le livre commence donc à l’envers. Nora évoque tout d’abord sa vieillesse, inexorable, incontrôlable, une chose cruelle lui ôtant ses plus beaux souvenirs. Diantre ! « Serait-ce là une autobiographie ? » me demandai-je du fin fond de mon matelas.
Mais que nenni ! Autres pages, autres images. Nora me catapulte brusquement dans une autre époque : celle de ses débuts dans le journalisme, un métier duquel elle est tombée éperdument amoureuse, livrant une bataille de tous les jours contre la suprématie des hommes dans le milieu. Là, j’y trouvais mon compte.

 

En une vingtaine de textes, Nora partage de petits aspects de sa vie. On se prend à l’envier (elle a connu tant de titans du showbiz !), à l’admirer (elle a su égaler les plus grandes plumes journalistiques) et à l’adorer (grâce à elle, jamais nous n’aurions connu la comédie romantique telle qu’elle est aujourd’hui).
Pas à pas, nous l’accompagnons au fil des pages, découvrant ce qui a fait d’elle une si belle et grande personne. L’intrusion dans sa vie se pratique à fond, jusqu’à pénétrer dans ses affres sentimentales et sa sphère familiale. Le tout sans même tremper le doigt dans le kitsch, le lourd et l’imbuvable.
Pour moi, Nora est devenue une amie de papier. Le genre d’amie qui ressemble à une femme âgée, celle qui vous sert thé et caramels mous au coin du feu en vous expliquant comment elle a vécu l’arrivée d’Internet. Celle avec qui vous riez de ses aventures avec les hommes tout en confectionnant des cupcakes. Celle qui vous confie d’une voix basse ce qui lui manquerait lorsqu’elle quitterait ce monde…
Une belle rencontre littéraire.

ophelie

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4 Comments

  • Reply Onee-Chan 30 avril 2013 at 7:54

    Je trouve que ton article est un bel hommage mais c'est vrai que j'ai une réticence sur le côté autobio un peu lourde ou kitsh comme tu le dis si bien^^. Cela dit tu as à moitié gagné puisque j'ai envie d'aller le feuilleter !!

  • Reply Ophélie Blibli 30 avril 2013 at 5:47

    Merci 🙂 Je ne sais pas si je peux vraiment qualifier ce livre d'autobiographie au sens propre puisqu'il est construit d'une façon vraiment très originale ! Et il reste vraiment buvable =) En tout cas, il vaut le coup !

  • Reply Ellen A Paris 11 mai 2013 at 5:04

    Hello Ophélie,
    je ne connais pas du tout l'auteure, mais il faut croire que tu es douée pour faire acheter des livres aux gens (tu pourrais relancer le marché du livre en France 😉
    Les autobio, ce n'est pas ma tasse (ni de thé, ni de tisane) mais j'aime lire les témoignages/histoires de femmes qui ont su s'imposer dans des métiers ou des endroits où a priori elles n'avaient pas leur place.
    Il faut vraiment que j'aille arpenter les rayons de ma bibliothèque (si j'achète tous les livres que tu recommandes, je n'aurais plus rien à manger ni à me vernir 😉
    Bisous et bon emménagement <3

  • Reply Ophélie Blibli 13 mai 2013 at 10:06

    Coucou Ellen ! Eh oui, c'est la ligne éditoriale de mon blog : convaincre une armada de lecteurs de la suprématie de mes goûts littéraires ! (ho, comment ça je me prends pour une princesse aux cheveux à paillettes ?)
    Ce livre a été un véritable coup de coeur non seulement pour la qualité de l'écriture mais aussi – et surtout – pour son auteure : une personnalité vraiment intéressante, drôle et, de plus, elle donne quelques-unes de ses recettes de cuisine dans certains petits chapitres ;') [Bon Plan]

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