Réfléchir Trembler

Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes. Ou le déficient mental devenu intelligent

5 août 2013

« Vas-y, lis-le, tu vas pleurer. » Elle ne croyait pas si bien dire. Nous étions dans les rayonnages d’un magasin Chapitre. Mon amie me tendait l’ouvrage avec insistance en m’encourageant d’un « Tu vas voir, c’est trop triste ». Hum. Oui. Comme je suis un tantinet maso, je l’ai fait passer en caisse sans protester.

Mais je l’ai laissé quelques temps sur mes étagères. Je savais pertinemment que ce livre me promettait de longues heures d’émotions fortes si j’en commençais la lecture. Pendant un temps, je l’ai ignoré. Volontairement. Mais les mois ont passé. Et je me suis dit qu’avec un peu de chance (et considérant ma vitesse de lecture), il serait vite ingurgité. Oui, mais… C’était sans compter son impact sur mes glandes lacrymales.

 

Pourquoi lire Des fleurs pour Algernon ?

1. Pour… pleurer comme un bébé à la fin du récit. Algernon est une souris de laboratoire rendue suprêmement intelligente par les expériences du Pr Nemur et du Dr Strauss. Enhardis par ce succès, ils décident de tenter la même chose sur Charlie Gordon, un attardé mental de 33 ans qui souhaite par-dessus tout devenir « un teligent ».
Considéré comme un vulgaire cobaye de laboratoire, l’homme se retrouve alors doté de capacités intellectuelles étonnantes, décuplées petit à petit depuis l’opération. Charlie se sent alors comme délivré.
Commence pour lui l’apprentissage de la vie dans le vrai monde, entre tourbillons et désillusions. Son éveil à la réalité n’aura, hélas, rien de très facile. Néanmoins, dans ce méli-mélo de nouveautés et de sensations fortes, Charlie parviendra à tisser des liens amoureux avec son ancienne psychologue, la jolie Miss Kinian.
Un jour, la petite Algernon montre des signes de faiblesse. L’intelligence de la souris décroît à une vitesse vertigineuse et finit par l’achever, ce qui n’augure rien de bon pour le prodigieux Charlie…

2. Pour les compte-rendus de Charlie, qui constituent la narration à part entière. Ce pauvre garçon est chargé de rédiger tout ce qui lui arrive au cours de l’expérience. Avant, pendant, après. De cette façon, nous suivons sa progression mentale… qui évolue d’une manière impressionnante !
Pour preuve : les premiers compte-rendus sont assaisonnés d’un maximum de fautes d’orthographe, ceux du milieu du bouquin sont difficiles à comprendre tant son mode d’expression se complexifie, jusqu’à ce qu’il retombe… dans « la bêtise ».

3. On est touché-e-s par l’histoire de ce bougre à qui la vie n’a fait aucun cadeau. Rejeté violemment par sa mère qui voulait le rendre « normal », envoyé en asile avant d’être admis dans une boulangerie pour y faire le ménage, Charlie Gordon a vécu dans une situation dont il était incapable de saisir la gravité.  Pour lui, devenir « un teligent » est une chance, un dernier espoir. Il pourra enfin se faire aimer des autres ! A la lecture, notre gorge se noue souvent. Surtout lorsqu’il évoque des événements dramatiques survenus au cours de son existence… (arf)

 

Pourquoi je vous le recommande ?

Le style « journal intime » est surprenant, certes, mais surtout pour sa richesse narrative. Flashbacks, ressentis, opinions, descriptions de recherches, exploration des savoirs et des sens…
Ce qui marque : le fait de se mettre « à la place de ». Rien à voir avec le « je » traditionnel que l’on retrouve partout en littérature. La vérité, c’est que plonger dans les pensées d’un attardé mental est perturbant.
Finalement, ce livre nous donne l’occasion de faire une expérience à notre tour : celle d’être Charlie Gordon. Mon empathie semble s’être révélée à travers ce texte. On se laisse facilement attendrir par le personnage. Sa naïveté du début est touchante. Son incompréhension totale du monde qui l’entoure nous donne envie de le guider. On se délecte ensuite de sa montée en puissance puis, lorsqu’on s’en lasse, elle décline à vitesse grand V. Le timing est parfait.
De quoi vous faire réfléchir aux progrès de la science et aux vies qu’on détruit en son nom. La qualité est bien là. Ce n’est pas pour rien que ce roman a été élu Meilleur roman de l’année en 1966, après tout.

ophelie

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6 Comments

  • Reply Ellen A Paris 5 août 2013 at 8:01

    Hello Ophélie,
    J'avais entendu parler de la pièce de théâtre à la TV quand ils faisaient la promo, mais déjà à l'époque je n'avais pas été très tentée. Et là… Non, non, je ne veux pas lire de livre qui fait pleurer (en plus avec les yeux mouillés on ne peut pas lire alors…)
    Donc pour celui-ci je passe mon tour 😉
    Bises et bonne semaine <3

  • Reply Ophélie Blibli 5 août 2013 at 8:06

    Ah ma Ellen… toujours aussi difficile ;') Oui, en effet, ça fait pleurer à la fin. Mais c'est si beau comme histoire… En espérant que ma prochaine lecture te plaise ^^'

  • Reply Blablaya 6 août 2013 at 9:54

    Depuis le temps que j'en entends parler de ce livre… et qu'il traîne dans ma bibliothèque !! Je ne l'ai toujours pas vu.
    Mais j'avais vu à l'époque le téléfilm réalisé (France 2 je crois). Et en effet, j'ai vu également les affiches pour la pièce de théâtre.

  • Reply MamzelDree 9 août 2013 at 10:41

    Pareil pour moi, j'entends souvent parler de ce livre et il est dans ma "liste des livres à acheter", je pense que je vais vraiment filer l'acheter très vite, il a l'air vraiment beau !

  • Reply Ophélie Blibli 10 août 2013 at 11:11

    Et en plus il est dans ta bibliothèque ! Nom de nom, sacrilège ! ^^' N'hésites pas à le faire passer en priorité dans ta Pile à Lire, il est vraiment touchant 🙂

  • Reply Ophélie Blibli 10 août 2013 at 11:12

    C'est un livre qui bouscule. Franchement. Je l'ai trouvé extra, et depuis je regarde les déficients mentaux avec moins de pitié, plus d'intérêt et ça change vraiment la vision que j'ai d'eux.

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