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Rire Trembler

Les légions dangereuses, de Fabien Clavel. Pour un rire durable et de qualité

16 septembre 2013

Oh my god, de la parodie ! Non, de la fantasy parodique. Bonheur, joie et damnation, j’adoOore ! En bonne accro du genre, j’affectionne grandement ce type d’histoires loufoques parce qu’elles me font mourir de rire les soirs où j’ai la tête à l’envers. Déconnexion assurée, garantie, affirmée et attestée.
Et tout ça, à cause de qui ? A cause de quoi ? De la saga des Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett, nomdediou ! Génie de l’humour potache et du clin d’oeil gros comme un camion, Pratchett s’est imposé en parodie comme nul autre dans le monde entier (les fans ne me diront pas que j’exagère, je crois).
Aujourd’hui, je lui voue une admiration sans pareille. (d’ailleurs je me ferais bien un tee-shirt à son effigie)(si quelqu’un connaît un site pour personnaliser son tee-shirt pour pas trop cher, qu’il me fasse signe dans les commentaires)(et le pire c’est que je suis sérieuse :p)
Alors quand j’ai trouvé ce titre des éditions Mnémos (encore elles) en librairie, je me suis dit « Mazette ! Ce n’est pas du Terry Pratchett mais ça s’y apparente. Il faut que je vois ça de mes propres mirettes ! »

 

Pourquoi lire Les légions dangereuses ?

1. Pour son histoire déjantée et son « univers drôlatique » (dixit la 4e de couverture). Le récit nous plonge au coeur d’un monde aux lois fortement frappa-dingues, nommé le Cratère, où il se passe des choses incroyables et parfois problématiques.
Justement, à ce propos, les dieux du Cratère ont un gros problème. Du genre très GROS. Car Quitiane, le dieu de l’abondance, a disparu ! Son absence met l’univers en bien mauvaise posture puisque, sans lui, plus d’équilibre, rien. Le chaos est en marche.
Pour le retrouver, les dieux prennent chacun la décision d’élire leurs représentants dans le monde des hommes. Des Champions vaillants et forts, des maîtres de la baston et de la justice, prêts à relever le défi sans même se fouler le petit doigt. Ensemble, ces êtres d’exception entament le pèlerinage de Quitiane.
Oui mais… Admettons que les Champions ne soient pas ceux qu’ils auraient dû être. Admettons qu’ils soient moins pieux que ce qui était prévu à l’origine. Admettons encore qu’ils se lancent dans l’aventure uniquement parce qu’ils étaient là au mauvais endroit, au mauvais moment.
Oups. Le destin est un vrai farceur. Mais les dieux, eux, du coup, rigolent beaucoup moins.

2. Parce que l’auteur détourne avec brio les classiques littéraires. Réfléchissons. Des dieux qui envoient des Champions à leur place pour défendre leur cause = les dieux de l’Olympe ? Une confrérie qui part en quête de quelqu’un/quelque chose = le Seigneur des Anneaux ? On a aussi un gros clin d’oeil aux contes et légendes comme la table du Roi Arthur (ou la quête du Saint-Graal) ; la Belle au bois dormant (avec une histoire de dragon dans un château et des ronces partout) ; les discours enflammés inspirés de nos auteurs tels que Rostand/Molière/Voltaire/Baudelaire ; les ruses d’Ulysse ; les palais majestueux tirés tout droit de l’univers d’Ali Baba. Cette lecture a le mérite de nous faire creuser la tête !

3. Parce que Fabien Clavel nous fait rire à foison, et tout ça parce qu’il manie la langue française à la perfection. J’ai envie de tout vous raconter là, maintenant, tout de suite. Mais je ne peux pas spoiler, non. Donc je vais uniquement vous évoquer quelques éléments, comme : les jeux de mots à la con, les notes ironiques qui attestent que ce livre relève de l’art mais que l’auteur reste modeste malgré tout, les scènes de sexe censurées (elles le sont vraiment !), les moments ridicules, les évocations subversives, les néologismes et aussi les trucs comme ça :
« La Déesse des Arts du Cirque et des Mots Croisés »
« Le Dieu des Armées en Déroute »
« Le Déesse de la Magie Illusionniste et du Travail au Noir »

 

Pourquoi je vous le recommande ?

Je ne connaissais pas Fabien Clavel, mais je dirais aujourd’hui que c’est un Terry Pratchett à la française, à l’humour succulent et truculent. Miam. Cette histoire totalement délirante m’a fait passer d’excellents moments de joie intense et pure et extrême. (yahou je m’en souviens comme si c’était hier)
Une note à prendre en compte, toutefois : il faut disposer d’une bonne culture générale en littérature classique parce que les clins d’oeil y sont nombreux et il serait dommage de les manquer. Voilà, c’est dit. Car c’est ce qui fait tout le charme de ce livre, et même son point fort : la dérision.
Et croyez-moi, rien ne vaut le rire dans la lecture. Parce que lire est une fête. Et la parodie, elle, l’a bien compris.

ophelie

Réfléchir Trembler

Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes. Ou le déficient mental devenu intelligent

5 août 2013

« Vas-y, lis-le, tu vas pleurer. » Elle ne croyait pas si bien dire. Nous étions dans les rayonnages d’un magasin Chapitre. Mon amie me tendait l’ouvrage avec insistance en m’encourageant d’un « Tu vas voir, c’est trop triste ». Hum. Oui. Comme je suis un tantinet maso, je l’ai fait passer en caisse sans protester.

Mais je l’ai laissé quelques temps sur mes étagères. Je savais pertinemment que ce livre me promettait de longues heures d’émotions fortes si j’en commençais la lecture. Pendant un temps, je l’ai ignoré. Volontairement. Mais les mois ont passé. Et je me suis dit qu’avec un peu de chance (et considérant ma vitesse de lecture), il serait vite ingurgité. Oui, mais… C’était sans compter son impact sur mes glandes lacrymales.

 

Pourquoi lire Des fleurs pour Algernon ?

1. Pour… pleurer comme un bébé à la fin du récit. Algernon est une souris de laboratoire rendue suprêmement intelligente par les expériences du Pr Nemur et du Dr Strauss. Enhardis par ce succès, ils décident de tenter la même chose sur Charlie Gordon, un attardé mental de 33 ans qui souhaite par-dessus tout devenir « un teligent ».
Considéré comme un vulgaire cobaye de laboratoire, l’homme se retrouve alors doté de capacités intellectuelles étonnantes, décuplées petit à petit depuis l’opération. Charlie se sent alors comme délivré.
Commence pour lui l’apprentissage de la vie dans le vrai monde, entre tourbillons et désillusions. Son éveil à la réalité n’aura, hélas, rien de très facile. Néanmoins, dans ce méli-mélo de nouveautés et de sensations fortes, Charlie parviendra à tisser des liens amoureux avec son ancienne psychologue, la jolie Miss Kinian.
Un jour, la petite Algernon montre des signes de faiblesse. L’intelligence de la souris décroît à une vitesse vertigineuse et finit par l’achever, ce qui n’augure rien de bon pour le prodigieux Charlie…

2. Pour les compte-rendus de Charlie, qui constituent la narration à part entière. Ce pauvre garçon est chargé de rédiger tout ce qui lui arrive au cours de l’expérience. Avant, pendant, après. De cette façon, nous suivons sa progression mentale… qui évolue d’une manière impressionnante !
Pour preuve : les premiers compte-rendus sont assaisonnés d’un maximum de fautes d’orthographe, ceux du milieu du bouquin sont difficiles à comprendre tant son mode d’expression se complexifie, jusqu’à ce qu’il retombe… dans « la bêtise ».

3. On est touché-e-s par l’histoire de ce bougre à qui la vie n’a fait aucun cadeau. Rejeté violemment par sa mère qui voulait le rendre « normal », envoyé en asile avant d’être admis dans une boulangerie pour y faire le ménage, Charlie Gordon a vécu dans une situation dont il était incapable de saisir la gravité.  Pour lui, devenir « un teligent » est une chance, un dernier espoir. Il pourra enfin se faire aimer des autres ! A la lecture, notre gorge se noue souvent. Surtout lorsqu’il évoque des événements dramatiques survenus au cours de son existence… (arf)

 

Pourquoi je vous le recommande ?

Le style « journal intime » est surprenant, certes, mais surtout pour sa richesse narrative. Flashbacks, ressentis, opinions, descriptions de recherches, exploration des savoirs et des sens…
Ce qui marque : le fait de se mettre « à la place de ». Rien à voir avec le « je » traditionnel que l’on retrouve partout en littérature. La vérité, c’est que plonger dans les pensées d’un attardé mental est perturbant.
Finalement, ce livre nous donne l’occasion de faire une expérience à notre tour : celle d’être Charlie Gordon. Mon empathie semble s’être révélée à travers ce texte. On se laisse facilement attendrir par le personnage. Sa naïveté du début est touchante. Son incompréhension totale du monde qui l’entoure nous donne envie de le guider. On se délecte ensuite de sa montée en puissance puis, lorsqu’on s’en lasse, elle décline à vitesse grand V. Le timing est parfait.
De quoi vous faire réfléchir aux progrès de la science et aux vies qu’on détruit en son nom. La qualité est bien là. Ce n’est pas pour rien que ce roman a été élu Meilleur roman de l’année en 1966, après tout.

ophelie

Trembler

Arachnae, l’Archipel des Numinées, de Charlotte Bousquet. Quand une jeune bretteuse libertine mène l’enquête

30 juillet 2013

Il m’arrive parfois de flirter avec la dark fantasy. Dans les rayonnages des librairies, elle a une fâcheuse tendance à exhiber ses couvertures sombres sans aucune pudeur, cachant entre ses pages des récits de meurtres, de magie noire et de sang coagulé. Quand je la regarde, elle me sourit. Tendre la main vers l’un de ses volumes, c’est signer le début de la fin de votre compte en banque. Car la dark fantasy est une traîtresse, la meilleure en son genre. Ses histoires distillent un venin qui vous colle au cerveau, vous obligeant à vous jeter sur la totalité des tomes de sa saga. Et ça, c’est le mal. Le mal absolu.
Mais aux éditions Mnémos, ce sont des malins. Leur nouvelle collection poche est une tuerie : couvertures soignées, illustrations originales, papier de belle qualité. Mêlant les genres SF et fantasy avec brio, chaque volume propose de découvrir un auteur français de talent.
C’est ainsi que j’ai goûté à la plume de Charlotte Bousquet. Le livre que j’ai choisi, Arachnae, découle d’un univers empli de chocs (surtout psychologiques). Je ne m’en suis pas encore remise, mais j’en demande encore.

 

Pourquoi lire Arachnae ?

1. Parce que l’univers de cette histoire est dominé par… des femmes ! Chose très rare en dark fantasy, notons-le. L’Archipel des Numinées, donc, est une terre entièrement dirigée par des femmes. Elles y sont princesses et reines, conseillées elles-mêmes par les Moires, des divinatrices soumises aux volontés d’une déesse. (girl power !) Seule la ville d’Arachnae est aux mains d’un homme, un prince d’une classe inouïe : son règne est – évidemment – plus que contesté.
Arachnae est une ville où sévissent les pires raclures jamais inventées par un auteur. Ses rues sont le théâtre des pires crimes jamais perpétrés. Prostitution, alcool, drogues et autres petits bonheurs vont bon train (un peu trop, même). Théodora, une bretteuse maniant l’épée comme personne, est chargée de résoudre une série de meurtres affreux (plus affreux, tu-meurs) au côté du capitaine de la milice.
Cette enquête macabre la mènera des hautes sphères aristocratiques au coeur des bas-fonds d’Arachnae, là où la monstruosité s’épanouit dans toute sa splendeur…

2. Parce que le récit comporte non pas une, mais trois intrigues. (youpii) Côté noirceur, Charlotte Bousquet a fait fort. (je crois que c’est son truc, en fait) Au programme : combats à l’épée, orgies, complots, magie noire, divination, légendes et secrets… On halète à chaque page, la formule est réussie.

3. Parce que notre héroïne est une femme qui aime les femmes. (quand je vous dis que c’est un univers de femmes !) Théodora est libertine. Bien qu’elle soit rapidement ivre de désir pour de nombreuses figures féminines, elle ne reste pas moins à l’abri des chagrins d’amour. Ces scènes teintent le récit d’un chouïa d’érotisme, comme une pause bienvenue dans ce monde de brutes. (ce qui en fait un point non négligeable, avouons-le !)

 

Pourquoi je vous le recommande ?

D’un point de vue économique, déjà, cette réédition en format poche est i-dé-ale. Et le gros avantage, c’est que L’Archipel des Numinées est une trilogie et non une saga. Votre portefeuille ne risque donc pas grand chose 😉
Si j’ai choisi ce livre, c’est avant tout pour les promesses de sa quatrième de couverture. Mon oeil averti a décelé le petit côté « croustillant » du récit : « Une héroïne libertine ? Chouette ! Voyons un peu ce que ça donne. » Rien à voir avec la trilogie Fifty Shades. Ici, l’érotisme est mieux pensé. Il fait partie intégrante de la construction de l’histoire sans en être vraiment le centre. Le sexe est bien présent, assurément, mais quand il est relaté dans sa forme la plus crue, c’est lors d’actes ignobles et condamnables. Pouah !
Et j’ai particulièrement apprécié le fait que la plupart des personnages soient des femmes. Vraiment. Qu’il s’agisse de soldates dans la milice, de putains ou de souveraines, chacune semble importante. Et l’amour entre femmes semble tout naturel dans ces conditions.
Et la magie, ah ! la magie. Elle entoure l’intrigue d’une aura malfaisante, cause de nombreux maux. Du reste, je ne dirai rien. La sombre aventure de la belle Théodora mérite qu’on la lise avec beaucoup d’intérêt… Ne perdez plus de temps, foncez !

ophelie

Trembler

Le Passage, de Justin Cronin. Quand une épidémie transforme le monde

18 juin 2013

Beaucoup d’auteurs et de réalisateurs s’amusent à imaginer une multitude de fins du monde possibles. De nos jours, – vous l’aurez remarqué – leur nombre s’accroît. A croire qu’un prix sera décerné à celui qui aura su deviner juste sur le terminus de notre ère. Peut-être que, quelque part, à l’école des scénaristes tarés, l’examen de fin d’études doit comporter le sujet : « L’apocalypse : quelle serait, selon vous, la meilleure façon de faire mourir l’humanité ? »
Bien. A présent, jetons un œil à la copie de Justin Cronin puisque son livre aura le mérite d’être adapté au cinéma par le talentueux monsieur qui a réalisé Cloverfield.

Pourquoi lire Le Passage ?

1. Parce que ça, les ami-e-s, c’est de la vraie littérature de genre. L’histoire va vous paraître classique, mais il n’en est rien. Tout débute par une expérience militaire américaine. Les cobayes, des individus issus des prisons retenant les détenus les plus dangereux, se font inoculer un virus mystérieux causant des mutations inquiétantes. Les résultats, jusqu’ici jugés peu concluants, mènent le FBI à capturer Amy, une gamine abandonnée dans un couvent par sa mère prostituée.
L’expérience tourne mal. Très mal. Le chaos se répand sur le monde comme une traînée de poudre… Une morsure de mutant vous transforme en « virul », un être assoiffé de sang aux griffes et aux dents acérés : tel est le prix à payer pour la bêtise de l’humanité.
Un siècle plus tard, les hommes restants vivent en colonie, tentant de survivre à l’abri de spots de lumière à l’énergie vacillante. Leur destin semble petit à petit compromis quand, soudain, Amy vient à leur rencontre. Âgée de cent ans, elle a pourtant l’air d’en avoir tout juste quatorze. Sa venue trouble, mais la jeune fille est l’espoir qu’ils attendaient tous. A ses côtés, ils devront mettre le pied hors les murs de leur colonie pour se lancer dans une course-poursuite des plus terrifiantes… afin de sauver le monde.

2. Parce qu’une fois qu’on l’a en main, il est strictement impossible de le lâcher. Page-turner irrésistible, ce roman vous aspire tel un vortex spatio-temporel. Par bien des aspects, il m’a fait penser aux livres de Stephen King. Je m’explique : chaque protagoniste a sa propre histoire, ses propres forces et limites… Tout personnage évoluera dans l’histoire avec les cartes qu’on lui a données au départ, qu’il soit attachant ou détestable. Dès lors, on ne cesse de se demander comment son existence sera écourtée. La solution la plus efficace reste de tourner les pages…

3. Parce que les « viruls » sont des ennemis sacrément effrayants. Fruits d’une expérience militaire désastreuse, ils sont quasiment imbattables. Nul ne sait réellement d’où provient le virus qui les a contaminés. Faire leur rencontre est donc très mauvais pour la santé. Loin de l’image des vampires classiques des romans de bit-lit, les « viruls » ont l’apparence d’une énorme chauve-souris (ce sont des humains mutants, rappelons-le). Ils croquent un bon coup, vident leurs victimes de leur sang ou bien les mettent en pièce. Dans le meilleur des cas, leur morsure transforme. Hum. Ils ont même un mode d’attaque spécifique, une façon de survivre bien plus réfléchie que celle de simples mutants de base… Et bien sûr, je ne vous révèle pas tout de leurs pouvoirs. Ils rendent les humains totalement fous.

 

Pourquoi je vous le recommande ?

Il m’a fallu une bonne semaine pour me remettre de cette lecture… Une telle qualité d’écriture ne s’oublie pas de sitôt (hélas). Férue de lectures de ce genre, j’ai été… rassasiée.
Voici comment ça se passe, concrètement : vous commencez le premier chapitre en vous immergeant totalement dans le récit de la vie de la jeune Amy, petite fille adorablement intelligente de son état. Puis vous suivez ensuite les débuts de l’expérience qui fera sombrer la planète dans un chaos bien sale.
Le monde se retrouve dépecé et souillé après l’épidémie. Le rendu est, je trouve, parfaitement réaliste.
Chez les survivants, la peur est omniprésente, courant le long des colonnes vertébrales lorsqu’il devient nécessaire de s’aventurer en terrain miné.
Les impressions, les bruits et les dangers sont décrits de telle façon qu’on pourrait presque les ressentir. Du fond de mon lit, je ne me sentais pas moi-même en sécurité, jetant des coups d’oeil méfiants par ma fenêtre. Il y avait bien longtemps qu’un livre ne m’avait fait éprouver des sentiments aussi forts.
Et il paraît que c’est une trilogie. Sérieusement. Quand il n’y en a plus… il y en a encore ?

ophelie

Trembler

Un employé modèle, de Paul Cleave. Un tueur en série mène l’enquête

27 mai 2013

J’ai toujours eu un problème avec les thrillers, pour la bonne et simple raison qu’ils me donnent envie de m’enfermer chez moi à double tour après que je sois rentrée, une fois la nuit tombée.
Lorsque je marche en pleine ville après une soirée bien arrosée, la moindre silhouette noire un peu bossue que je croise me fait battre le palpitant à toute allure. Clap, clap, clap. J’accélère le mouvement, l’oeil aux aguets, jeté furtivement derrière mon épaule. Avoir une bombe anti-agression sur moi serait la solution la plus adaptée, me direz-vous. Et pourtant. Quand un tueur en série a une idée en tête, je suis sûre qu’il a déjà prévu le coup, prêt à parer. C’est flippant.
Et comme je viens de finir ce livre de Paul Cleave, j’ai encore plus de raisons de trembler.

Pourquoi lire Un employé modèle ?

1. Parce que ce thriller n’est vraiment pas comme les autres.
Joe Middleton a beau être un type spécial, il n’est certainement pas un super-héros. Sur son CV, une ligne précise qu’il travaille comme homme de ménage au commissariat de police de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Ce boulot sans prise de tête lui permet de fureter discrètement dans les bureaux et de discuter nonchalamment avec les inspecteurs des affaires criminelles de la ville. L’enquête qui le fascine le plus se révèle être celle du Boucher de Christchurch, un serial killer aux moeurs douteuses (adepte du viol, de la strangulation et autres joyeusetés) qui a déjà tué sept femmes.
Mais Joe, lui, sait que l’une d’elles n’a pas été attaquée par le Boucher, puisqu’il est le Boucher de Christchurch (Ta-dam.) Contrarié par cette méprise, il se met en tête de mener l’enquête par lui-même afin de démasquer le plagiaire et, dans l’idéal, de lui faire porter le chapeau pour tous ses crimes.
Le parcours sera pourtant semé d’embûches pour notre tueur en série qui, gonflé par sa propre fierté, oubliera que le danger vient – comme lui – du coin d’ombre où on ne l’attend pas…

2. Parce qu’on ne parvient pas à savoir si on l’aime ou si on le déteste, ce Joe. Catapulté-e dans ses pensées, on ignore si notre coeur le soutient ou non dans sa quête, bien qu’on lise ses actes de barbarie avec les sourcils froncés. Malgré tout, il sait faire preuve d’humour et son côté taré peut nous faire sourire au coin d’une ligne. Joe ne manque pas d’intelligence et son cynisme nous fait considérer ses crimes avec distance. La recette adéquate.

3. Parce que les personnages féminins sont fascinants. Joe s’en prend aux femmes car il les pense faibles, faciles à duper et à manipuler. Dans ce livre, elles occupent une place prépondérante en tant que victimes mais aussi en tant que femmes fortes, voire agaçantes ou perturbantes. La plus belle erreur de Joe sera de les sous-estimer. (et bim. girl power !) Je ne révélerai rien de plus sur l’identité de ces femmes, évidemment !

 

Pourquoi je vous le recommande ?

A bien des égards, ce thriller, dans sa composition, m’a fait énormément penser à Ce cher Dexter, de Jeff Lindsay, dont le héros est un tueur en série sévissant à Miami mais ne s’attaquant qu’aux méchants passés entre les mailles du filet de la justice (je suis une grande fan de la série télé éponyme)(le charme de l’acteur y est évidemment pour quelque chose).
J’ai bien fait mes devoirs en vérifiant les dates : ce roman de Paul Cleave a été publié quelques années plus tard. Difficile alors de croire qu’il n’y a pas eu d’influence dans la forme… Mais force est d’admettre que Joe ne bénéficie pas du même capital sympathie que le célèbre Dexter. Le fond diffère.
On a du mal à se faire un avis sur son physique, par exemple (bien qu’il affirme être en capacité de séduire toutes les femmes). Et ses avis tranchés sont hautement condamnables. Il est célibataire, s’avoue volontiers asocial (il entretient une amitié avec un poisson…) et entretient une relation déséquilibrée avec sa mère. Je ne souhaite donc à personne de le croiser au coin d’une ruelle sombre.
Ce livre m’a fait l’effet d’un comprimé d’aspirine effervescent dont les bulles piquent désagréablement le nez quand on cherche à le boire. Impossible de savoir si je souhaitais que Joe se fasse pincer ou non. Mes « bien fait pour toi ! » s’alternaient aux « vite, tire-toi » selon les chapitres. J’ai tout de même suivi avec beaucoup d’intérêt l’enquête menée sur son imitateur, bien moins malin que lui.
Finalement, mes sentiments ont été malmenés tout au long du récit et j’ai compris que c’était le but machiavélique de l’auteur. Bien joué.
Désormais, je ne regarderai plus les hommes de ménage de la même façon. Et j’ajouterais bien cinq ou six verrous supplémentaires à ma porte d’entrée, juste au cas où.

Aimer Trembler

Les âmes vagabondes, de Stephenie Meyer. Ou la pureté d’une belle âme pour tout changer

1 avril 2013

On le sait, la mode littéraire actuelle est aux livres dystopiques fleurant bon le désespoir. À bas les lectures rêveuses aux futurs pailletés d’étoiles et de licornes fluorescentes ! Désormais, lisons les mésaventures de héros désemparés et meurtris par la perte de leur monde ; plongeons au cœur de scénarios parsemés de séparations déchirantes aux dialogues larmoyants ! Dans les bouquins dystopiques, en réalité, nous n’avons qu’une véritable attente : découvrir comment le gentil-héros parviendra à se dépêtrer de tout ce bazar.
Dans Les âmes vagabondes, la technique est ahurissante. A la prochaine fin du monde, je ferai tout pareil.

 

Pourquoi lire Les âmes vagabondes ?

1. Parce que ça n’a définitivement rien à voir avec Twilight… et ça fait du bien ! Stephenie Meyer, docteur ès vampires scintillants, sert ici un roman étonnement bien pensé. Un vrai roman mature. Ici, l’héroïne se nomme Mélanie, une jeune fille ayant survécu à l’invasion du monde par des âmes extraterrestres (non ce n’est pas tiré par les cheveux, vous allez voir). Dans la vie, Mélanie est en cavale avec son petit frère, tentant d’échapper au pire dans un monde hostile. Un jour, ces deux-là croisent le chemin de Jared, un BG en fuite dont Mélanie tombe éperdument amoureuse.
Pourtant, l’inévitable se produit : elle se fait choper par les méchants et on lui colle une âme dans le cerveau afin qu’elle se taise à jamais. Nous, lecteurs, suivons alors les pensées de Vagabonde, cette âme qui a pris possession de Mélanie avec, pour mission, d’aider les âmes à localiser les humains rebelles. Mais, – ô malheur ! – son hôte fait de la résistance : Mélanie forcera Vagabonde à retrouver Jared… et à trahir les siens.

2. On y découvre une riche palette de sentiments et de sensations décrites avec beaucoup d’exactitude, de justesse… bref, en un mot, de talent. Vagabonde est une âme extraterrestre innocente qui, en intégrant le corps de Mélanie, découvre pour la première fois ce que c’est que d’être humain. Ouvrir les yeux, respirer, toucher… Elle se prend de plein fouet une vague d’émotions saisissantes qu’elle sait incontrôlables. Son témoignage nous fait prendre conscience de la préciosité de notre corps, de notre vie, des éléments qui nous entourent. J’ai trouvé ça très beau.

3. Le récit est fort. La violence de certaines scènes fait peut-être un peu mal au coeur, sans doute parce qu’elles sont décrites à travers le prisme des yeux de Vagabonde. Comment les humains peuvent-ils être aussi querelleurs, haineux, détestables ? L’âme pure de Vagabonde nous aide à déceler les pires défauts des hommes qui, – elle le reconnaît – sont aussi capables du meilleur. Une leçon de vie sur la force de l’amour, qui naît là où on ne l’attend pas.

 

Pourquoi je vous le recommande ?

J’ai observé que, le plus souvent, en dystopie, les héroïnes font preuve d’une belle force mentale, telles des Lara Croft musclées du ciboulot. J’aime les histoires où les femmes prennent le dessus et arrivent, à force de patience, d’humilité, et de matière grise, à calmer les gros bras plein de testostérone. (le girl power n’aura jamais fini de m’habiter)
Dans ce roman, Meyer bouleverse les codes. Elle rend les personnages complexes, elle nous fait aimer ceux qu’on aurait détestés. L’intrigue est plus recherchée que dans la saga Twilight (peut-être est-ce parce que ce livre n’est pas adressé aux ados ?), c’est ce que j’ai le plus apprécié.
D’autre part, la vulnérabilité du personnage de Vagabonde, cette âme pure et honnête, m’a touchée. Moi aussi, en tant que lectrice, j’ai été saisie par les émotions émanant du texte. Faire imager une héroïne violentée, triste et apeurée, c’était quand même un pari risqué pour l’auteure (un coup à vous faire lâcher le livre tant il en vient à vous répugner de la nature humaine) (une façon de faire ouvrir les yeux, j’imagine).
En tout cas, j’ai trouvé cette lecture fascinante : elle m’a pompé mon énergie pendant de longues soirées (plus de 600 pages, tout de même !)
Son adaptation ciné sortira dans nos salles ce 17 avril :’) (elle n’a pas l’air tout à fait fidèle au livre, mais je m’en fiche !) Et ma chronique sort dans les temps… merveilleux, non ?

ophelie

Trembler

La maison de chair, de Graham Masterton. Ou pourquoi il ne faut pas se moquer des légendes indiennes

26 mars 2013

Le principe du livre d’horreur est de vous priver de nuits de sommeil relativement calmes et apaisées. Quand j’étais une pré-ado en crise, je me fichais éperdument d’être déphasée par la lecture d’affreux romans. Je lisais essentiellement du Stephen King : son imagination débordante me fascinait. Comment pouvait-il inventer des histoires aussi flippantes ? (cela m’a coûté quelques cauchemars particulièrement féroces et persistants). Un jour, j’ai fini par dire à ma mère que j’arrêtais de me droguer au King. « Il faut être sacrément frappé pour pondre des intrigues pareilles ! » me disais-je. Mais c’était surtout sa manie de décrire longuement la vie des personnages avant de les faire mourir aussitôt qui avait fini par me lasser…
Avec Graham Masterton, c’est une autre paire de manches : de la première à la dernière ligne, on est méchamment happé(e). Très, très… méchamment.

 

Pourquoi lire La maison de chair ?

1. Parce que l’angoisse y suinte dès les premières pages. John, employé aux services techniques de la ville de San Francisco, reçoit un jour la visite d’un petit monsieur étrange. Celui-ci lui avoue que sa maison lui fait peur, lui expliquant qu’il entend « respirer » dans les murs. Évidemment, John n’y croit pas. Pourtant, poussé par un ami, il se rendra dans la sombre demeure. Là-bas, il y découvrira le pire : Coyote, le plus pervers des démons indiens, a investi les lieux et cherche à reconstituer son corps pour répandre sa malfaisance sur le monde. Son scepticisme « d’homme blanc » mis au placard, John devra recourir au pouvoir d’un vieil indien afin de parvenir à stopper le hideux démon.

2. Parce qu’on bondit d’indignation face à la bêtise des « blancs » qui croient pouvoir maîtriser une force ancestrale en usant de leur force militaire. Car ce n’est pas une arme qui viendra à bout du démon… bien au contraire ! À l’instar de Coyote, John et son ami indien devront ruser…

3. Parce que Masterton écrit vraiment bien. Le récit coule tout seul, on s’y sent à l’aise. En commençant le  livre par « C’est ma maison, elle respire », il réussit à vous embarquer dare-dare dans son délire.

 

Pourquoi je vous le recommande ?

C’était efficace. J’ai eu du mal à m’endormir la première nuit (je surveillais les bruits de la maison de ma logeuse, confondant presque le bruit du vent à celui d’une respiration sinistre !) Ce livre était mon premier roman d’horreur depuis un an ou deux, alors autant vous dire que tous mes sens étaient en alerte dès que j’en ai commencé la lecture !
Pendant les 3 premiers chapitres, on se demande longuement ce qui va se produire dans cette drôle de baraque (même si on sait pertinemment qu’elle est hantée).
J’arrivais à m’imaginer le décor : murs sombres, escalier en colimaçon, statues et tableaux étranges, une atmosphère lourde à vous en faire perler des gouttes de sueur dans la nuque… (j’exagère ? bon, j’exagère.) Bien sûr, petit à petit, j’ai commencé à moins baliser : on sait que Coyote est un infâme démon adepte des tortures dégueulasses, on finit donc par s’y habituer.
Ah et, j’oubliais : la note de l’auteur en prélude précise que, durant tout le processus d’écriture du livre, il ne lui serait arrivé que des bricoles. Cette mention ne m’a pas rassurée outre mesure (d’autant plus que je partais en avion pour Rome deux jours plus tard…). Merci, Masterton !

ophelie

Aimer Trembler

Vivants, de Isaac Marion. Oh comme je l’aime, mon zombie

19 mars 2013

Les morts-vivants et moi sommes fâchés depuis mes quinze ans. Le jour où j’ai décidé que je les éviterai pour toujours, je venais de voir « Resident Evil » au cinéma. Je voulais me préserver, vous comprenez. Les visions de chairs sanguinolentes m’ont hantée pendant trois nuits. Trois longues nuits blanches à guetter les craquements sinistres du bois de ma maison de l’époque, craignant qu’un machin désarticulé ne vienne m’attraper par le pied et me traîner sous le lit pour me croquer toute crue.
Mais bon, j’avais quinze ans. Aujourd’hui, je ne peux toujours pas regarder les films catégorie « Top Gore », mais je peux encore lire des histoires de zombies. La lecture me permet de les considérer avec distance, vous savez : mon imagination n’est pas assez fertile pour détailler les blessures ni les arrachements de tête/bras/jambe/tout-ça.
J’ai vu qu’on parlait beaucoup de Vivants sur la toile littéraire. Quand j’ai vu la b.-a. de son adaptation ciné (qui sort en salles ce mercredi 20 mars sous le nom « Warm Bodies », soit dit en passant), ça m’a convaincue : j’allais braver ma peur du macchabée pour comprendre comment une fille peut tomber amoureuse d’un garçon… mort.

 

Pourquoi lire Vivants ?

1. Parce qu’il y a eu le vampire, le loup-garou, l’ange et même la fée. Alors pourquoi pas une histoire d’amour avec un zombie ? Et quel zombie ! Plutôt bien conservé pour ce qu’il est, R est un macchab’ qui vit dans un aéroport avec ses confrères du même acabit. Il a un meilleur copain, une femme et des enfants (oui, bon, c’est expliqué dedans-le-livre). Régulièrement, ces joyeux lurons pas très bavards partent en ville chercher de quoi se sustenter. Sauf qu’un jour, R tombe sur une petite blonde, Julie, après avoir dévoré le cerveau de son fiancé (eu-rgh). Inexplicablement, il devient amoureux d’elle. Alors que non – non ! – c’est tout bonnement impossible. Surtout que ce comportement interdit suscite la colère des deux camps…

2. Ce roman est, à mon sens, une espèce d’ode à la vie. Nous sommes dans les pensées de R, un jeune zombie portant un regard lucide sur le monde dans lequel il vit, un monde dépourvu de tout espoir… un monde de morts. Mais R, lui, n’a qu’une idée en tête : (re)vivre. En lisant ce bouquin, c’est fou comme on se met à regretter, nous aussi, ces avions qui volaient dans le ciel, ces sons familiers qui composent notre vie quotidienne et cette fabuleuse agitation qui éveillait les villes à la vie de jour comme de nuit ! (oh, R et sa prose poétique !)

3. Parce qu’on se retrouve dans une histoire d’amour à la Roméo & Juliette (en plus macabre, certes). Le désir de R est sans précédent : être auprès de Julie devient sa « raison de vivre », si bien qu’il provoque des choses incroyables pour parvenir à la protéger. C’est étrange et touchant à la fois (quand je dis « étrange », c’est surtout pour souligner la façon dont il arrive à gagner la confiance de Julie) (parce que moi, un mort qui tente de me séduire, ça n’éveille pas plus ma libido que ça) (ça dépend s’il est tout pourri ou pas) (quoique, non, même pas en rêve).

 

Pourquoi je vous le recommande ?

Je ne comprends vraiment pas comment ce livre a pu tomber des mains de certain(e)s. Parce qu’il est hors du commun. Je m’attendais à une romance bizarre « young adult » à la Twilight, mais on va plus loin que ça.
Isaac Marion, par le biais de R, évoque ce que sont les sentiments humains, à quoi rimait le sexe du temps où la mort n’avait pas encore rempli son office, ou, mieux, pourquoi défendre les concepts même de vie et d’amour.
Qui était R ? Pourquoi le père de Julie est un général dépourvu d’humanité ? Qu’est-ce qui lie véritablement les deux tourtereaux ? Comment parviendront-ils à sortir le monde du chaos ?
Et, bien sûr, je ne vous dévoile pas tout le contenu de ce bouquin (hé, je ne spoile jamais !). Mais si vous vous lancez dans cette lecture, vous y trouverez du surnaturel, des ennemis communs à abattre, des gens à convaincre et d’autres moments planants… Un vrai festival d’émotions à éprouver pendant la lecture !
J’affirme que j’ai passé de bons moments avec Vivants, et j’attends même avec impatience de le voir sur grand écran dans les prochaines semaines :’)

ophelie