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Princess Bride, par William Goldman. Ou le grand classique d’amour et d’aventure à lire absolument

16 mars 2014

L’âme de princesse ? Très peu pour moi, merci. Petite, déjà, lorsque ma mère insistait pour m’enfiler une robe, je me roulais par terre d’indignation. Ce n’est pas que j’étais garçon manqué, non. C’est que je ne trouvais pas ça très en accord avec mes jeux d’enfant, vous voyez.

J’étais le genre de gamine qui adorait jouer aux petites voitures sur un tapis. A 4 ans, mes petits doigts pianotaient déjà sur la première Game Boy et j’étais accro à Mario Bros.

Gavée aux films de Disney, mes héroïnes préférées étaient Pocahontas et Esmeralda (les seules, de mon point de vue, à savoir s’adapter en milieu hostile). Parfois, quand mes parents avaient le dos tourné, je glissais sur les bras en bois du canapé pour faire comme le sauvage Mowgli. Et, avec mon petit voisin, nous grimpions dans les arbres pour jouer à cache-cache et à la guerre. Vous imaginez, vous, une robe dans ces moments-là ? Impossible.

Le plus incroyable, c’est que je savais aussi jouer à la Barbie. J’arborais avec fierté de fausses boucles d’oreille Polly Pocket et on pouvait m’offrir une maison de poupée rose sans que je ne m’en offusque. Alors, peu à peu, l’idée de devenir une princesse a fait son petit bonhomme de chemin.

Jusqu’au jour où nous avons fêté Noël avec ma petite tante, plus jeune que moi d’une année (une sombre histoire de re-mariage côté grand-père). Elle, elle était carrément dans le délire « Princess & co. » Elle était aussi blonde aux yeux bleus que j’étais brune aux yeux noirs. Et comme elle était fille unique et que moi, plus du tout, elle était aussi très gâtée.

Donc, lors de ce fameux Noël, quelqu’un m’a mis sous le nez un énoooorme paquet emballé dans du papier rose. Bonheur. Surprise. Grosse appréhension. Qu’est-ce qu’il pouvait bien y avoir là-dedans de très rose ? Pleine d’espoir, je me suis approchée. Mais, subitement, le paquet m’a été repris… pour atterrir entre les mains fragiles de ma tante archi-pourrie-gâtée.

Ce retournement de situation m’a créé, outre l’une de mes premières névroses, un sentiment intense d’injustice. Voir l’autre gamine – fagotée comme une princesse – rougir de plaisir à la vue de son splendide nouveau carrosse Barbie m’a fait méchamment froncer le sourcil. Mais je me suis retenue très fort de pleurer.

Parce qu’à partir de ce jour, j’avais décidé que jamais plus je n’aimerais les princesses. Sauf celle du classique Princess Bride, évidemment.

Pourquoi lire Princess Bride ?

1. Parce que connaître un super beau classique de la littérature d’amour et d’aventure, ça n’a pas de prix. L’histoire se déroule au royaume (fictif) de Florin.

Bouton d’Or est la plus belle femme du monde. Mais avant de l’être, cette fille de fermiers a d’abord été une gamine exécrable, avec de la paille dans ses cheveux en pagaille, de la terre sous les ongles et l’humeur massacrante… Surtout envers son garçon de ferme qui, lui, a toujours veillé à répondre bien poliment à toutes ses exigences par un docile « Comme vous voudrez« .

Un beau jour, la petite se rend compte de son amour pour lui, alors que le garçon (nommé Westley, lui aussi in love dans le fond) prend ses cliques et ses claques pour aller faire fortune en Amérique. Bim. Coeur en miettes. La jeune fille décide de l’attendre et se met à soigner son allure pour mieux plaire à son amour quand il rentrera.

Sauf que rien ne se passera comme prévu : Westley déclaré mort en mer, la belle acceptera de dépit la demande en fiançailles du gros roi Humperdinck, adepte de la chasse et des complots. D’abord éduquée aux moeurs de la cour, elle sera kidnappée, libérée, fiancée, mariée, apeurée, désespérée… Au fil des pages, la pauvre princesse en verra de toutes les couleurs. Mais s’il n’y avait qu’elle… !

2. Car on ne s’attend pas aux rebondissements. Jamais. Un personnage est dans la panade ? Dommage pour lui, car le reste risque d’être pire. Bien heureusement, tout ne tourne pas autour de Bouton d’Or. Bien qu’elle reste celle pour qui Westley se démène, d’autres personnages entrent dans la danse, riches d’une toute autre histoire… et complètement déjantés.

3. Parce que ce livre/conte de fées qui dépote est une véritable pépite qui répond exactement à toutes vos attentes.

Il vous offre, je cite :

De l’escrime. Du combat. De la torture. Du poison. Le grand amour. La haine. La vengeance. Des géants. Des chasseurs. Des méchants. Des hommes bons. Des dames plus belles que tout. Des serpents. Des araignées. Des bébés de toutes natures et de toutes formes. Des lâches. Des hommes forts. Des poursuites. Des évasions. Des mensonges. Des vérités. La passion. Des miracles.

Combinez le tout à des dialogues drôles et piquants, et vous serez aux anges.

Pourquoi je vous le recommande ?

Parce que les procédés narratifs sont une blague à part entière. (et je viens de l’apprendre en consultant Wikipédia, j’en tombe des nues en écrivant cet article)

William Goldman est un excellent romancier et réalisateur de renom ; ce livre a d’ailleurs été adapté en film en 1987, et peut-être l’avez-vous déjà vu. Prétendant faire une « version abrégée avec les bons morceaux de l’œuvre originale« , l’auteur ne cesse d’intervenir entre les paragraphes, pour vous livrer quelques commentaires succulents sur le déroulé de l’intrigue et donner son avis. Je ne peux vous en dire plus sur son procédé narratif tant c’est énorme !

Toujours est-il que, si vous commencez à lire ce bouquin, je vous invite à passer dès le début au « Chapitre 1 : la Fiancée » pour rentrer dans le vif du sujet. Une fois l’histoire bien en tête, reportez-vous à son introduction qui est, en soi, une vraie perle une fois qu’on en a compris le contexte.

Et puis… et puis moi, j’ai vraiment apprécié ce bouquin. J’ai ri, soupiré, lu avec grande attention les péripéties du couple Bouton d’Or/Westley…

Édité dans un splendide coffret violet par les éditions Bragelonne, il n’existe qu’en version papier et… je veux le garder toute ma vie dans ma bibliothèque, voilà.

ophelie
Trembler

Jon Shannow, de David Gemmell. Ou le justicier qui se bat pour la paix dans un monde dévasté

15 janvier 2014

Qu’elle soit verbale ou physique, je n’ai jamais été très douée pour la bagarre. Hormis quelques bastonnades au sein de ma fratrie lorsque nous étions gamins, j’ai toujours eu le corps faiblard et le regard fuyant quand il s’agissait d’en découdre pour de bon avec l’adversité. Mais pour ce qui est de regarder les autres violenter leurs prochains, par contre, c’est autre chose. Je sais faire. A dire vrai, je crois que mon goût pour la baston-justicière s’est développé dès le lycée.
En 2nde, l’une de mes amies souvent jalousée par les pimbêches de la cour de récré me fascinait pour sa facilité à se défendre en toutes circonstances. Je me souviens d’un jour où, après un cours de sport en plein hiver, elle en était venue aux mains avec une pouffe que l’on surnommait « Tête d’Orange » (rapport au fond de teint sur lequel elle avait la main lourde), cette dernière étant la spécialiste de l’insulte gratuite et injustifiée.
Dans les vestiaires du gymnase, donc, Tête d’Orange avait sorti le mot de trop. Si bien qu’en l’espace de quelques secondes, ma vaillante amie s’était changée en Incroyable Hulk pour livrer une bataille au corps-à-corps hyper-mémorable qui s’était terminée en beauté sous les douches communes, dans de grands cris aigus et de grosses poignées de cheveux arrachées. Balèze. Mon amie forçait le respect et, à ses côtés, je me suis sentie presque invincible tout au long de ma scolarité. (big up si son oeil passe par ici, d’ailleurs !)
Aujourd’hui, c’est cette satisfaction de voir les emmerdeurs bien emmerdés qui me pousse à lire des histoires avec des héros, petits ou grands, qui remettent de l’ordre dans l’immense bazar de la vie. Aux éditions Bragelonne, j’y trouve souvent mon compte. Et parmi les gros bras au grand coeur de leur large panel, on trouve Jon Shannow.

Pourquoi lire l’intégrale de Jon Shannow ?

1. Parce que c’est le récit d’un homme qui ne paye pas de mine mais qui tabasse sévère dans un monde où la barbarie fait rage. Prenez notre univers, après la Chute, après Armageddon, lorsque les mers ont submergé les terres et défiguré à jamais la surface de la planète. Si les hommes ont survécu, ils ont énormément souffert, contraints de reconstituer une humanité bancale (aux règles de vie approximatives) sur un sol pollué par les produits chimiques et les radiations. La plupart vivent en communauté, certes, mais ne sont pas à l’abri des Brigands, des mecs sans foi ni loi qui s’amusent à piller les fermes et, bien sûr, à tirer sur tout ce qui bouge.
C’est là que débarque Jon Shannow, avec son look de vieux cow-boy revenu de la basse-fosse, les fusils en alerte dès qu’on l’appelle à l’aide pour dézinguer la vermine. Sauf que sa réputation le précède, et le héros fait peur à tout le monde… On le connaît pour sa quête impossible, celle de trouver une ville disparue depuis des siècles, qui n’est autre que Jérusalem, LA cité où il pense pouvoir trouver les réponses aux questions posées par la Bible, ce livre sacré qu’il aime tant et dont il connaît chaque verset par coeur.
Un jour, Jon Shannow apprend qu’un type sanguinaire cherche à lui faire la peau : il se nomme Abaddon, et il est le chef d’une armée de fanatiques qui, dans le but d’apaiser les Pierres de Sang (des météores magiques), pratiquent le sacrifice humain. (yummy) Sauf qu’Abaddon n’est pas très malin : sa soif de pouvoir l’amène à capturer la seule femme dont Jon est tombé amoureux. Pour la libérer des griffes de l’affreux et limiter les désastres d’une guerre qu’il ne comprend pas, ce fabuleux héros devra faire preuve de patience, de courage et de détermination… Un homme seul contre la multitude, c’est beau.

2. Parce que ce n’est pas qu’une histoire de flingueurs dans un far-west revisité. Plus on avance dans la trilogie, plus on découvre les raisons de la fin du monde, sur fond de magie et d’univers parallèles que l’on traverse via de mystérieux portails temporels. On y découvre les cités de l’Atlantide, surgies des fonds marins et gouvernées par un roi taré. On y rencontre même des peuples victimes de mutations génétiques, des créatures engendrées par les bêtises de notre siècle et pour lesquelles il n’y a plus aucune solution…
L’intégrale regorge de rebondissements en tous genres et on s’y régale à fond les mirettes.

3. Parce qu’au-delà des problématiques « magiques », l’auteur pose une véritable question : que laisserons-nous aux humains du futur, après avoir salement amoché la planète ? Quand viendrons-nous à bout de nos ressources et provoquerons-nous la Chute de l’humanité ? Les hypothèses du livre sont nombreuses. Certaines sont plutôt inquiétantes. Jon Shannow… un livre pro-écolo ? Je me le demande encore.

Pourquoi je vous le recommande ?

J’ai ÉNORMÉMENT apprécié cette intégrale. Difficile de passer à un autre livre après ça.
Le personnage de Jon Shannow est doté d’une aura particulière, un peu mystique, et je l’ai réellement ressenti en cours de lecture. Tout est calculé pour qu’il incarne une légende… C’est un mec, un vrai. Le genre de type que l’on respecte pour sa droiture et son sens de la justice, mais que l’on craint. Et le comble, c’est qu’il n’a jamais cherché ce statut.
Car tout ce qui intéresse cet homme, c’est de vivre en accord avec les écritures saintes. Du coup, si le personnage semble plutôt froid au début de l’aventure, on en vient vite à souhaiter sa venue et à appréhender avec impatience ses actions héroïques… et toujours radicales. (je me suis souvent surprise à sourire en pensant « Oh toi, petit Brigand, tu vas comprendre ta douleur, héhé« )
Et puis je m’avoue très impressionnée par la capacité de feu David Gemmell à parler de fanatisme religieux sans virer dans le glauque ou le bien-pensant. Néanmoins, il n’a pas hésité à en dénoncer les travers, quitte à faire revivre au lecteur un déjà-vu style « Inquisition médiévale ».
En clair, la trilogie Jon Shannow, c’est de l’aventure bien dosée et haute en couleurs servie sur 735 pages. Je rêve d’une adaptation cinématographique façon Le Livre d’Eli avec Denzel Washington, mais en amélioré. Faut pas déconner.

ophelie

Rougir Trembler

Miss Pas Touche, de Hubert & Kerascoët. Ou l’histoire de la fille de joie qui voulait rester vierge

29 décembre 2013

En cette fin d’année, soyons dingues : parlons fesses, pratiques SM, prostitution et virginité. Remarquez, le sujet semble bien tomber. Il semblerait que la Française ait la libido agitée à l’approche du 1er janvier : pas un seul créneau n’est dispo dans les instituts de beauté pour se faire épiler ! (sachez que le fait est avéré puisque je me suis appuyée sur le témoignage d’une esthéticienne que je surnomme en secret « Barbie » et d’une copine qui a tenté une prise de rendez-vous chez Yves Rocher)

Bref. Ces dernières semaines, j’avais beaucoup réfléchi à ce que j’aimerais qu’on m’offre pour Noël. Mais j’avais beau lécher les vitrines à en avoir la langue toute râpeuse, impossible de trouver une idée qui me fasse vraiment plaisir. Oui, la recherche était ardue puisque, depuis quelques mois, j’évite les achats inutiles, et cela pour deux raisons :

1) je m’en vais vivre un an complet à Budapest, en Hongrie, et comme j’appréhende la sélection de fringues à mettre dans la valise, je m’impose déjà le tri de mon armoire ;

2) ma mentalité a énormément changé, je suis devenue une parano de l’étiquette (le « made in Pays-exploité » m’inspire désormais des grimaces) et j’aspire à une vie moins encombrée donc plus saine (c’est un mouvement qu’on retrouve ici, , par-là et encore ici).

Puis mes yeux ont rencontré un ensemble de lingerie absolument remarquable. A sa vue, j’ai commencé à baver sur mon écharpe et ma carte bancaire s’est mise à hurler à l’idée de sortir du portefeuille. Je m’imaginais surtout avec le soutien-gorge… Sex-appeal de déesse assuré. Oui, mais.
Mon cerveau a repris le dessus sur ma fashion libido. Quelle utilité j’en aurais, au juste ? A part le porter sous mes vêtements en soirée pour me sentir sexy (selon les arguments de mes amies), je ne voyais pas vraiment d’occasion (et je ne vais pas parler d’hypothétique one night stand, je ne donne plus dans le registre)(même si j’ai connu une situation outrageusement gênante mêlant garçon, gaine et poils aux jambes. Si-si.) Tant que je n’aurais pas d’homme-fixe confortablement calé entre mes oreillers, j’estimerai que la lingerie fine reste une dépense superflue.
Ce qui revient tout de même à compenser en lisant des histoires où les femmes en portent beaucoup… comme dans Miss Pas Touche.

Pourquoi lire Miss Pas Touche ?

1. Miss Pas Touche, c’est une série de quatre tomes nommés La Vierge du bordel, Du sang sur les mains, Le Prince charmant et Jusqu’à ce que la mort nous sépare. Ils relatent les malheureuses aventures de Blanche, une jeune femme charmante et surtout vierge, qui intègre volontairement une maison close – le Pompadour – pour retrouver un meurtrier appelé le Boucher des guinguettes, l’homme ayant assassiné sa soeur.
Le truc, c’est que Blanche est vierge… et elle compte bien le rester ! La demoiselle, forcée d’enfiler une tenue de bonne avec bas et porte-jarretelles, est chargée d’humilier les hommes adeptes de la pratique SM. Et le comble, c’est que, dans le domaine, la petite possède un talent certain qui ne manque pas d’être remarqué dans le tout Paris. On la surnomme alors… Miss Pas Touche ! Confrontée à l’ambiance hostile et malsaine des lieux de débauche, Blanche se durcit au fil des tomes et fout le grand bazar dans toute la maison. Elle tente tant bien que mal de faire face à l’adversité en résistant aux attaques des filles jalouses et aux avances libidineuses de clients arrogants… Bien sûr, elle en sortira les mains sales, très sales…

2. Si vous avez vu la série française Maison Close, vous y retrouverez à coup sûr des similitudes. L’univers des maisons de joie des années 1800 était extrêmement codifié : les femmes n’en sortaient jamais, toujours endettées jusqu’au cou malgré les années de « dur labeur », soumises à l’autorité d’une matrone et de sa seconde, condamnées à n’être jamais respectées (et aimées) des hommes qu’elles « servaient ».

Si la série Maison Close montre sans pudeur les scènes hot-interdites-aux-moins-de-16-ans, la bande dessinée Miss Pas Touche reste très soft. Les femmes y sont belles, leurs courbes soulignées par des corsets, et les scènes sensuelles/coquines demeurent plutôt rares (ou simplement suggérées).

C’est surtout l’intrigue qui est mise en valeur… Blanche réussira-t-elle à venger sa soeur ? Comment s’y prendra-t-elle ? Va-t-elle enfin trouver le prince qui lui fera quitter le Pompadour ?

3. Quant au style du dessinateur, il est… « transparent ». Je veux dire par-là qu’il n’a pas hésité à faire transparaître le caractère des personnages via les traits qu’il leur donne. Ainsi, les hommes qu’il dépeint sont ridicules, froids, hyper affreux ; leurs visages comportent des yeux durs et des bouches tordues et leurs corps sont souvent bouffis ou anguleux (excepté le « prince »… Haa, le « prince »…).


Pourquoi je vous la recommande ?

Le sujet est… fascinant. C’est une amie qui me l’a chaudement conseillée, moi qui « aime les histoires tordues ». Oui parce qu’une prostituée vierge, c’est tout de même intriguant, non ?

Blanche n’a rien de la fille qu’on écrase. Bien qu’elle soit enrôlée pratiquement de force par la patronne du Pompadour, la nénette sait où elle met les pieds. C’est un petit bout de femme qui n’a rien à perdre, et on respecte son personnage pour ça.

D’autant plus que Blanche mène son enquête en solo et n’hésite pas à employer les grands moyens lorsqu’elle se sent en danger (quitte à crier super fort combien elle n’est pas d’accord). C’est une femme forte, en somme. Et j’ai aimé cette idée-là : une prostituée qui, par la seule force de son caractère, donne un furieux coup de pied dans la petite fourmilière qu’est le Pompadour…

Et pssst ! Les 4 tomes sont vendus dans un coffret rose élégant et vintage, avec une jolie planche en N&B à mettre sous cadre… 😉

ophelie

Rire Trembler

Les légions dangereuses, de Fabien Clavel. Pour un rire durable et de qualité

16 septembre 2013

Oh my god, de la parodie ! Non, de la fantasy parodique. Bonheur, joie et damnation, j’adoOore ! En bonne accro du genre, j’affectionne grandement ce type d’histoires loufoques parce qu’elles me font mourir de rire les soirs où j’ai la tête à l’envers. Déconnexion assurée, garantie, affirmée et attestée.
Et tout ça, à cause de qui ? A cause de quoi ? De la saga des Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett, nomdediou ! Génie de l’humour potache et du clin d’oeil gros comme un camion, Pratchett s’est imposé en parodie comme nul autre dans le monde entier (les fans ne me diront pas que j’exagère, je crois).
Aujourd’hui, je lui voue une admiration sans pareille. (d’ailleurs je me ferais bien un tee-shirt à son effigie)(si quelqu’un connaît un site pour personnaliser son tee-shirt pour pas trop cher, qu’il me fasse signe dans les commentaires)(et le pire c’est que je suis sérieuse :p)
Alors quand j’ai trouvé ce titre des éditions Mnémos (encore elles) en librairie, je me suis dit « Mazette ! Ce n’est pas du Terry Pratchett mais ça s’y apparente. Il faut que je vois ça de mes propres mirettes ! »

Pourquoi lire Les légions dangereuses ?

1. Pour son histoire déjantée et son « univers drôlatique » (dixit la 4e de couverture). Le récit nous plonge au coeur d’un monde aux lois fortement frappa-dingues, nommé le Cratère, où il se passe des choses incroyables et parfois problématiques.
Justement, à ce propos, les dieux du Cratère ont un gros problème. Du genre très GROS. Car Quitiane, le dieu de l’abondance, a disparu ! Son absence met l’univers en bien mauvaise posture puisque, sans lui, plus d’équilibre, rien. Le chaos est en marche.
Pour le retrouver, les dieux prennent chacun la décision d’élire leurs représentants dans le monde des hommes. Des Champions vaillants et forts, des maîtres de la baston et de la justice, prêts à relever le défi sans même se fouler le petit doigt. Ensemble, ces êtres d’exception entament le pèlerinage de Quitiane.
Oui mais… Admettons que les Champions ne soient pas ceux qu’ils auraient dû être. Admettons qu’ils soient moins pieux que ce qui était prévu à l’origine. Admettons encore qu’ils se lancent dans l’aventure uniquement parce qu’ils étaient là au mauvais endroit, au mauvais moment.
Oups. Le destin est un vrai farceur. Mais les dieux, eux, du coup, rigolent beaucoup moins.

2. Parce que l’auteur détourne avec brio les classiques littéraires. Réfléchissons. Des dieux qui envoient des Champions à leur place pour défendre leur cause = les dieux de l’Olympe ? Une confrérie qui part en quête de quelqu’un/quelque chose = le Seigneur des Anneaux ? On a aussi un gros clin d’oeil aux contes et légendes comme la table du Roi Arthur (ou la quête du Saint-Graal) ; la Belle au bois dormant (avec une histoire de dragon dans un château et des ronces partout) ; les discours enflammés inspirés de nos auteurs tels que Rostand/Molière/Voltaire/Baudelaire ; les ruses d’Ulysse ; les palais majestueux tirés tout droit de l’univers d’Ali Baba. Cette lecture a le mérite de nous faire creuser la tête !

3. Parce que Fabien Clavel nous fait rire à foison, et tout ça parce qu’il manie la langue française à la perfection. J’ai envie de tout vous raconter là, maintenant, tout de suite. Mais je ne peux pas spoiler, non. Donc je vais uniquement vous évoquer quelques éléments, comme : les jeux de mots à la con, les notes ironiques qui attestent que ce livre relève de l’art mais que l’auteur reste modeste malgré tout, les scènes de sexe censurées (elles le sont vraiment !), les moments ridicules, les évocations subversives, les néologismes et aussi les trucs comme ça :
« La Déesse des Arts du Cirque et des Mots Croisés »
« Le Dieu des Armées en Déroute »
« Le Déesse de la Magie Illusionniste et du Travail au Noir »

Pourquoi je vous le recommande ?

Je ne connaissais pas Fabien Clavel, mais je dirais aujourd’hui que c’est un Terry Pratchett à la française, à l’humour succulent et truculent. Miam. Cette histoire totalement délirante m’a fait passer d’excellents moments de joie intense et pure et extrême. (yahou je m’en souviens comme si c’était hier)
Une note à prendre en compte, toutefois : il faut disposer d’une bonne culture générale en littérature classique parce que les clins d’oeil y sont nombreux et il serait dommage de les manquer. Voilà, c’est dit. Car c’est ce qui fait tout le charme de ce livre, et même son point fort : la dérision.
Et croyez-moi, rien ne vaut le rire dans la lecture. Parce que lire est une fête. Et la parodie, elle, l’a bien compris.

ophelie

Réfléchir Trembler

Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes. Ou le déficient mental devenu intelligent

5 août 2013

« Vas-y, lis-le, tu vas pleurer. » Elle ne croyait pas si bien dire. Nous étions dans les rayonnages d’un magasin Chapitre. Mon amie me tendait l’ouvrage avec insistance en m’encourageant d’un « Tu vas voir, c’est trop triste ». Hum. Oui. Comme je suis un tantinet maso, je l’ai fait passer en caisse sans protester.

Mais je l’ai laissé quelques temps sur mes étagères. Je savais pertinemment que ce livre me promettait de longues heures d’émotions fortes si j’en commençais la lecture. Pendant un temps, je l’ai ignoré. Volontairement. Mais les mois ont passé. Et je me suis dit qu’avec un peu de chance (et considérant ma vitesse de lecture), il serait vite ingurgité. Oui, mais… C’était sans compter son impact sur mes glandes lacrymales.

Pourquoi lire Des fleurs pour Algernon ?

1. Pour… pleurer comme un bébé à la fin du récit. Algernon est une souris de laboratoire rendue suprêmement intelligente par les expériences du Pr Nemur et du Dr Strauss. Enhardis par ce succès, ils décident de tenter la même chose sur Charlie Gordon, un attardé mental de 33 ans qui souhaite par-dessus tout devenir « un teligent ».
Considéré comme un vulgaire cobaye de laboratoire, l’homme se retrouve alors doté de capacités intellectuelles étonnantes, décuplées petit à petit depuis l’opération. Charlie se sent alors comme délivré.
Commence pour lui l’apprentissage de la vie dans le vrai monde, entre tourbillons et désillusions. Son éveil à la réalité n’aura, hélas, rien de très facile. Néanmoins, dans ce méli-mélo de nouveautés et de sensations fortes, Charlie parviendra à tisser des liens amoureux avec son ancienne psychologue, la jolie Miss Kinian.
Un jour, la petite Algernon montre des signes de faiblesse. L’intelligence de la souris décroît à une vitesse vertigineuse et finit par l’achever, ce qui n’augure rien de bon pour le prodigieux Charlie…

2. Pour les compte-rendus de Charlie, qui constituent la narration à part entière. Ce pauvre garçon est chargé de rédiger tout ce qui lui arrive au cours de l’expérience. Avant, pendant, après. De cette façon, nous suivons sa progression mentale… qui évolue d’une manière impressionnante !
Pour preuve : les premiers compte-rendus sont assaisonnés d’un maximum de fautes d’orthographe, ceux du milieu du bouquin sont difficiles à comprendre tant son mode d’expression se complexifie, jusqu’à ce qu’il retombe… dans « la bêtise ».

3. On est touché-e-s par l’histoire de ce bougre à qui la vie n’a fait aucun cadeau. Rejeté violemment par sa mère qui voulait le rendre « normal », envoyé en asile avant d’être admis dans une boulangerie pour y faire le ménage, Charlie Gordon a vécu dans une situation dont il était incapable de saisir la gravité.  Pour lui, devenir « un teligent » est une chance, un dernier espoir. Il pourra enfin se faire aimer des autres ! A la lecture, notre gorge se noue souvent. Surtout lorsqu’il évoque des événements dramatiques survenus au cours de son existence… (arf)

Pourquoi je vous le recommande ?

Le style « journal intime » est surprenant, certes, mais surtout pour sa richesse narrative. Flashbacks, ressentis, opinions, descriptions de recherches, exploration des savoirs et des sens…
Ce qui marque : le fait de se mettre « à la place de ». Rien à voir avec le « je » traditionnel que l’on retrouve partout en littérature. La vérité, c’est que plonger dans les pensées d’un attardé mental est perturbant.
Finalement, ce livre nous donne l’occasion de faire une expérience à notre tour : celle d’être Charlie Gordon. Mon empathie semble s’être révélée à travers ce texte. On se laisse facilement attendrir par le personnage. Sa naïveté du début est touchante. Son incompréhension totale du monde qui l’entoure nous donne envie de le guider. On se délecte ensuite de sa montée en puissance puis, lorsqu’on s’en lasse, elle décline à vitesse grand V. Le timing est parfait.
De quoi vous faire réfléchir aux progrès de la science et aux vies qu’on détruit en son nom. La qualité est bien là. Ce n’est pas pour rien que ce roman a été élu Meilleur roman de l’année en 1966, après tout.

ophelie

Trembler

Arachnae, l’Archipel des Numinées, de Charlotte Bousquet. Quand une jeune bretteuse libertine mène l’enquête

30 juillet 2013

Il m’arrive parfois de flirter avec la dark fantasy. Dans les rayonnages des librairies, elle a une fâcheuse tendance à exhiber ses couvertures sombres sans aucune pudeur, cachant entre ses pages des récits de meurtres, de magie noire et de sang coagulé. Quand je la regarde, elle me sourit. Tendre la main vers l’un de ses volumes, c’est signer le début de la fin de votre compte en banque. Car la dark fantasy est une traîtresse, la meilleure en son genre. Ses histoires distillent un venin qui vous colle au cerveau, vous obligeant à vous jeter sur la totalité des tomes de sa saga. Et ça, c’est le mal. Le mal absolu.
Mais aux éditions Mnémos, ce sont des malins. Leur nouvelle collection poche est une tuerie : couvertures soignées, illustrations originales, papier de belle qualité. Mêlant les genres SF et fantasy avec brio, chaque volume propose de découvrir un auteur français de talent.
C’est ainsi que j’ai goûté à la plume de Charlotte Bousquet. Le livre que j’ai choisi, Arachnae, découle d’un univers empli de chocs (surtout psychologiques). Je ne m’en suis pas encore remise, mais j’en demande encore.

Pourquoi lire Arachnae ?

1. Parce que l’univers de cette histoire est dominé par… des femmes ! Chose très rare en dark fantasy, notons-le. L’Archipel des Numinées, donc, est une terre entièrement dirigée par des femmes. Elles y sont princesses et reines, conseillées elles-mêmes par les Moires, des divinatrices soumises aux volontés d’une déesse. (girl power !) Seule la ville d’Arachnae est aux mains d’un homme, un prince d’une classe inouïe : son règne est – évidemment – plus que contesté.
Arachnae est une ville où sévissent les pires raclures jamais inventées par un auteur. Ses rues sont le théâtre des pires crimes jamais perpétrés. Prostitution, alcool, drogues et autres petits bonheurs vont bon train (un peu trop, même). Théodora, une bretteuse maniant l’épée comme personne, est chargée de résoudre une série de meurtres affreux (plus affreux, tu-meurs) au côté du capitaine de la milice.
Cette enquête macabre la mènera des hautes sphères aristocratiques au coeur des bas-fonds d’Arachnae, là où la monstruosité s’épanouit dans toute sa splendeur…

2. Parce que le récit comporte non pas une, mais trois intrigues. (youpii) Côté noirceur, Charlotte Bousquet a fait fort. (je crois que c’est son truc, en fait) Au programme : combats à l’épée, orgies, complots, magie noire, divination, légendes et secrets… On halète à chaque page, la formule est réussie.

3. Parce que notre héroïne est une femme qui aime les femmes. (quand je vous dis que c’est un univers de femmes !) Théodora est libertine. Bien qu’elle soit rapidement ivre de désir pour de nombreuses figures féminines, elle ne reste pas moins à l’abri des chagrins d’amour. Ces scènes teintent le récit d’un chouïa d’érotisme, comme une pause bienvenue dans ce monde de brutes. (ce qui en fait un point non négligeable, avouons-le !)

Pourquoi je vous le recommande ?

D’un point de vue économique, déjà, cette réédition en format poche est i-dé-ale. Et le gros avantage, c’est que L’Archipel des Numinées est une trilogie et non une saga. Votre portefeuille ne risque donc pas grand chose 😉
Si j’ai choisi ce livre, c’est avant tout pour les promesses de sa quatrième de couverture. Mon oeil averti a décelé le petit côté « croustillant » du récit : « Une héroïne libertine ? Chouette ! Voyons un peu ce que ça donne. » Rien à voir avec la trilogie Fifty Shades. Ici, l’érotisme est mieux pensé. Il fait partie intégrante de la construction de l’histoire sans en être vraiment le centre. Le sexe est bien présent, assurément, mais quand il est relaté dans sa forme la plus crue, c’est lors d’actes ignobles et condamnables. Pouah !
Et j’ai particulièrement apprécié le fait que la plupart des personnages soient des femmes. Vraiment. Qu’il s’agisse de soldates dans la milice, de putains ou de souveraines, chacune semble importante. Et l’amour entre femmes semble tout naturel dans ces conditions.
Et la magie, ah ! la magie. Elle entoure l’intrigue d’une aura malfaisante, cause de nombreux maux. Du reste, je ne dirai rien. La sombre aventure de la belle Théodora mérite qu’on la lise avec beaucoup d’intérêt… Ne perdez plus de temps, foncez !

ophelie

Trembler

Le Passage, de Justin Cronin. Quand une épidémie transforme le monde

18 juin 2013

Beaucoup d’auteurs et de réalisateurs s’amusent à imaginer une multitude de fins du monde possibles. De nos jours, – vous l’aurez remarqué – leur nombre s’accroît. A croire qu’un prix sera décerné à celui qui aura su deviner juste sur le terminus de notre ère. Peut-être que, quelque part, à l’école des scénaristes tarés, l’examen de fin d’études doit comporter le sujet : « L’apocalypse : quelle serait, selon vous, la meilleure façon de faire mourir l’humanité ? »
Bien. A présent, jetons un œil à la copie de Justin Cronin puisque son livre aura le mérite d’être adapté au cinéma par le talentueux monsieur qui a réalisé Cloverfield.

Pourquoi lire Le Passage ?

1. Parce que ça, les ami-e-s, c’est de la vraie littérature de genre. L’histoire va vous paraître classique, mais il n’en est rien. Tout débute par une expérience militaire américaine. Les cobayes, des individus issus des prisons retenant les détenus les plus dangereux, se font inoculer un virus mystérieux causant des mutations inquiétantes. Les résultats, jusqu’ici jugés peu concluants, mènent le FBI à capturer Amy, une gamine abandonnée dans un couvent par sa mère prostituée.
L’expérience tourne mal. Très mal. Le chaos se répand sur le monde comme une traînée de poudre… Une morsure de mutant vous transforme en « virul », un être assoiffé de sang aux griffes et aux dents acérés : tel est le prix à payer pour la bêtise de l’humanité.
Un siècle plus tard, les hommes restants vivent en colonie, tentant de survivre à l’abri de spots de lumière à l’énergie vacillante. Leur destin semble petit à petit compromis quand, soudain, Amy vient à leur rencontre. Âgée de cent ans, elle a pourtant l’air d’en avoir tout juste quatorze. Sa venue trouble, mais la jeune fille est l’espoir qu’ils attendaient tous. A ses côtés, ils devront mettre le pied hors les murs de leur colonie pour se lancer dans une course-poursuite des plus terrifiantes… afin de sauver le monde.

2. Parce qu’une fois qu’on l’a en main, il est strictement impossible de le lâcher. Page-turner irrésistible, ce roman vous aspire tel un vortex spatio-temporel. Par bien des aspects, il m’a fait penser aux livres de Stephen King. Je m’explique : chaque protagoniste a sa propre histoire, ses propres forces et limites… Tout personnage évoluera dans l’histoire avec les cartes qu’on lui a données au départ, qu’il soit attachant ou détestable. Dès lors, on ne cesse de se demander comment son existence sera écourtée. La solution la plus efficace reste de tourner les pages…

3. Parce que les « viruls » sont des ennemis sacrément effrayants. Fruits d’une expérience militaire désastreuse, ils sont quasiment imbattables. Nul ne sait réellement d’où provient le virus qui les a contaminés. Faire leur rencontre est donc très mauvais pour la santé. Loin de l’image des vampires classiques des romans de bit-lit, les « viruls » ont l’apparence d’une énorme chauve-souris (ce sont des humains mutants, rappelons-le). Ils croquent un bon coup, vident leurs victimes de leur sang ou bien les mettent en pièce. Dans le meilleur des cas, leur morsure transforme. Hum. Ils ont même un mode d’attaque spécifique, une façon de survivre bien plus réfléchie que celle de simples mutants de base… Et bien sûr, je ne vous révèle pas tout de leurs pouvoirs. Ils rendent les humains totalement fous.

Pourquoi je vous le recommande ?

Il m’a fallu une bonne semaine pour me remettre de cette lecture… Une telle qualité d’écriture ne s’oublie pas de sitôt (hélas). Férue de lectures de ce genre, j’ai été… rassasiée.
Voici comment ça se passe, concrètement : vous commencez le premier chapitre en vous immergeant totalement dans le récit de la vie de la jeune Amy, petite fille adorablement intelligente de son état. Puis vous suivez ensuite les débuts de l’expérience qui fera sombrer la planète dans un chaos bien sale.
Le monde se retrouve dépecé et souillé après l’épidémie. Le rendu est, je trouve, parfaitement réaliste.
Chez les survivants, la peur est omniprésente, courant le long des colonnes vertébrales lorsqu’il devient nécessaire de s’aventurer en terrain miné.
Les impressions, les bruits et les dangers sont décrits de telle façon qu’on pourrait presque les ressentir. Du fond de mon lit, je ne me sentais pas moi-même en sécurité, jetant des coups d’oeil méfiants par ma fenêtre. Il y avait bien longtemps qu’un livre ne m’avait fait éprouver des sentiments aussi forts.
Et il paraît que c’est une trilogie. Sérieusement. Quand il n’y en a plus… il y en a encore ?

ophelie

Trembler

Un employé modèle, de Paul Cleave. Un tueur en série mène l’enquête

27 mai 2013

J’ai toujours eu un problème avec les thrillers, pour la bonne et simple raison qu’ils me donnent envie de m’enfermer chez moi à double tour après que je sois rentrée, une fois la nuit tombée.
Lorsque je marche en pleine ville après une soirée bien arrosée, la moindre silhouette noire un peu bossue que je croise me fait battre le palpitant à toute allure. Clap, clap, clap. J’accélère le mouvement, l’oeil aux aguets, jeté furtivement derrière mon épaule. Avoir une bombe anti-agression sur moi serait la solution la plus adaptée, me direz-vous. Et pourtant. Quand un tueur en série a une idée en tête, je suis sûre qu’il a déjà prévu le coup, prêt à parer. C’est flippant. Et comme je viens de finir ce livre de Paul Cleave, j’ai encore plus de raisons de trembler.

Pourquoi lire Un employé modèle ?

1. Parce que ce thriller n’est vraiment pas comme les autres.
Joe Middleton a beau être un type spécial, il n’est certainement pas un super-héros. Sur son CV, une ligne précise qu’il travaille comme homme de ménage au commissariat de police de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Ce boulot sans prise de tête lui permet de fureter discrètement dans les bureaux et de discuter nonchalamment avec les inspecteurs des affaires criminelles de la ville. L’enquête qui le fascine le plus se révèle être celle du Boucher de Christchurch, un serial killer aux moeurs douteuses (adepte du viol, de la strangulation et autres joyeusetés) qui a déjà tué sept femmes.
Mais Joe, lui, sait que l’une d’elles n’a pas été attaquée par le Boucher, puisqu’il est le Boucher de Christchurch (Ta-dam.) Contrarié par cette méprise, il se met en tête de mener l’enquête par lui-même afin de démasquer le plagiaire et, dans l’idéal, de lui faire porter le chapeau pour tous ses crimes.
Le parcours sera pourtant semé d’embûches pour notre tueur en série qui, gonflé par sa propre fierté, oubliera que le danger vient – comme lui – du coin d’ombre où on ne l’attend pas…

2. Parce qu’on ne parvient pas à savoir si on l’aime ou si on le déteste, ce Joe. Catapulté-e dans ses pensées, on ignore si notre coeur le soutient ou non dans sa quête, bien qu’on lise ses actes de barbarie avec les sourcils froncés. Malgré tout, il sait faire preuve d’humour et son côté taré peut nous faire sourire au coin d’une ligne. Joe ne manque pas d’intelligence et son cynisme nous fait considérer ses crimes avec distance. La recette adéquate.

3. Parce que les personnages féminins sont fascinants. Joe s’en prend aux femmes car il les pense faibles, faciles à duper et à manipuler. Dans ce livre, elles occupent une place prépondérante en tant que victimes mais aussi en tant que femmes fortes, voire agaçantes ou perturbantes. La plus belle erreur de Joe sera de les sous-estimer. (et bim. girl power !) Je ne révélerai rien de plus sur l’identité de ces femmes, évidemment !

Pourquoi je vous le recommande ?

A bien des égards, ce thriller, dans sa composition, m’a fait énormément penser à Ce cher Dexter, de Jeff Lindsay, dont le héros est un tueur en série sévissant à Miami mais ne s’attaquant qu’aux méchants passés entre les mailles du filet de la justice (je suis une grande fan de la série télé éponyme)(le charme de l’acteur y est évidemment pour quelque chose).
J’ai bien fait mes devoirs en vérifiant les dates : ce roman de Paul Cleave a été publié quelques années plus tard. Difficile alors de croire qu’il n’y a pas eu d’influence dans la forme… Mais force est d’admettre que Joe ne bénéficie pas du même capital sympathie que le célèbre Dexter. Le fond diffère.
On a du mal à se faire un avis sur son physique, par exemple (bien qu’il affirme être en capacité de séduire toutes les femmes). Et ses avis tranchés sont hautement condamnables. Il est célibataire, s’avoue volontiers asocial (il entretient une amitié avec un poisson…) et entretient une relation déséquilibrée avec sa mère. Je ne souhaite donc à personne de le croiser au coin d’une ruelle sombre.
Ce livre m’a fait l’effet d’un comprimé d’aspirine effervescent dont les bulles piquent désagréablement le nez quand on cherche à le boire. Impossible de savoir si je souhaitais que Joe se fasse pincer ou non. Mes « bien fait pour toi ! » s’alternaient aux « vite, tire-toi » selon les chapitres. J’ai tout de même suivi avec beaucoup d’intérêt l’enquête menée sur son imitateur, bien moins malin que lui.
Finalement, mes sentiments ont été malmenés tout au long du récit et j’ai compris que c’était le but machiavélique de l’auteur. Bien joué.
Désormais, je ne regarderai plus les hommes de ménage de la même façon. Et j’ajouterais bien cinq ou six verrous supplémentaires à ma porte d’entrée, juste au cas où.