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Le Secret, de Rhonda Byrne. Ou comment attirer ses désirs à soi

22 juin 2015

En règle générale, je n’ai pas la corde sensible pour tout ce qui relève de la croyance mystique et autres délires à base d’éléphants roses qui dansent dans le cosmos. Mais quand, il y a 4 mois,  j’étais à cinq jours de quitter ma vie déjantée en Hongrie pour retourner au bercail, j’ai eu un petit sursaut d’angoisse assez perturbant.
J’avais déjà entendu parler du Secret par une fille un peu loufoque, il y a 2 ans de cela. Elle l’avait juste évoqué comme ça, entre le fromage et le dessert, façon « j’t’ai rien dit surtout hein« . J’avais juste rangé l’info dans un coin moelleux de mon cerveau, sur l’étagère « à lire quand y’a du temps à perdre ».
J’ignorais que c’était plutôt dans la partie « à lire en cas d’urgence » qu’il fallait classer ce titre-là. De fait, quand je l’ai commencé, j’étais encore allongée dans mon lit hongrois (1 place) inconfortable. J’avais déjà l’œil humide et la lèvre tremblotante à la pensée de tout ce que je m’apprêtais à laisser derrière moi (des cocktails à 4 €, des fins de soirée à 7h du mat’, des romances près du Danube…)(ma mort sociale/pro était proche).
Comme je n’avais strictement aucune idée de ma stratégie de retour, je me suis dit « BON. Va falloir PROVOQUER des trucs dès que je rentre« . Mais comment ?
Si on m’avait raconté que, grâce à ce bouquin, je m’en sortirai aussi bien au retour, je me serais peut-être un peu calmée (et j’aurais moins sali mes draps de mascara coulant).


Pourquoi lire Le Secret ?
** Parce que tout un chacun s’est un jour demandé pourquoi c’était toujours les autres qui avaient la vie facile. – Pourquoi c’est Régine qui a gagné la machine à laver au dernier loto du village ? Pourquoi c’est Cunégonde qui a réussi à mettre la corde au cou du beau Gégé au lycée ? – Et tout un chacun a toujours voulu savoir comment on fait pour réussir dans la vie.
Le Secret n’a pas de trame narrative particulière, à part celle de relater comment son auteure, Rhonda Byrne, avait fait pour recueillir tous les témoignages de gens qui utilisent… la loi de l’attraction. (ne me jetez pas des pierres !) Le livre avait fait l’objet d’un film américain (hyper kitsch)- vous pouvez le voir  < si vous avez 2h à perdre) et, paraît-il, ce dernier avait fait un carton de par le monde. Notre chère Rhonda explique ce qu’elle a retenu des enseignements qu’elle a récoltés chez les uns et chez les autres, elle nous donne ainsi toutes les clés pour pouvoir utiliser la loi de l’attraction pour sa propre pomme.
** Parce que, même si on est sceptique de prime abord, on a envie d’essayer. C’est une grande force de ce livre, selon moi. On lit des témoignages à la pelle, on se questionne à propos de l’efficacité de ce mode de pensée totalement loufoque. Le raisonnement de tout lecteur lambda ressemble un peu à ça : « Ah bon, l’Univers prend un U majuscule ? Ah bon, on peut l’utiliser comme un catalogue pour avoir tout ce qu’on veut ? Ah, d’accord. J’essaye demain.« 
** Parce que c’est très bien présenté. Selon le domaine qui vous interpelle le plus, vous pouvez vous reporter au chapitre correspondant. Trouver un job, dénicher l’amour, accumuler les succès, posséder une plus belle voiture, survivre à la maladie, tenir un régime, blabla… Quelque soit votre but, il y a une façon de l’atteindre. C’est assez diversifié, on a (presque) tous les cas énumérés ET ça semble marcher. Ouiiii.

Pourquoi je vous le recommande ?

Vous êtes déjà en train de vous demander pourquoi j’affirme que ça marche, je sais. Héhé.
Dans mon cas de figure, c’était soit 1) un hasard, 2) une réponse de l’Univers à mes souhaits, 3) un coup de bol phénoménal.
S’il y a quelque chose en quoi je crois très peu, c’est bien à la chance. Je suis persuadée qu’il ne suffit pas d’avoir bénéficié de la poussière de fée au berceau pour réussir sa vie, mais qu’il s’agit d’un effort constant qui vient de soi-même.
Après avoir lu la totalité du livre, j’avais fermé les yeux très fort et je m’étais mise à souhaiter de toutes mes forces plusieurs choses. En rentrant en France, je n’avais aucune idée de l’endroit où j’allais vivre, ni du job que j’allais retrouver, et encore moins de l’état de ma vie sociale. Ce qui était sûr, c’est que je n’avais plus l’équilibre que j’avais quitté avant de m’expatrier. Malgré tout le positif que je tentais d’insuffler dans mes veines, j’étais flippée. Puis, gardant la pensée constante que si je voulais une chose, je pouvais attirer les circonstances qui me permettraient d’avoir cette « chose », ma situation s’est stabilisée d’elle-même.
Bam, retour en France. En près d’une semaine, j’avais résolu tous mes problèmes : plusieurs missions en indépendante, une promesse d’embauche qui me permettra de trouver un appart’, une rencontre avec mon futur petit-ami, des potes qui m’entourent, une rencontre avec des filles étrangères qui deviendront mes nouvelles copines… 🙂 Depuis, j’utilise cette loi bizarre quasi TOUT LE TEMPS.
Ce n’est qu’une histoire de chance, vous répétez ? Nooon. C’est de l’attraction, ça !

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Pourquoi les hommes adorent les chieuses, de Sherry Argov. Ou le guide qui apprend aux filles gentilles à ne plus se comporter en paillassons

2 octobre 2013

En matière d’amour, mes notes n’ont que rarement dépassé le zéro pointé. Je sais que c’est ma faute. En grande partie. Car je devrais en connaître les règles sur le bout des doigts. Car je suis censée remplir au moins trois feuilles de brouillon pour faire le point sur mes échecs. Car je suis consciente des phrases à ne pas dire et des choses à ne pas faire pour grappiller des points faciles. Et, en plus, à la relecture, je sais prendre suffisamment de recul pour me corriger dans les marges avec mon stylo Bim (comme « Bim ! T’es largué »).
Pourtant, c’est fou. En amour, je m’obstine toujours à rendre copie blanche. Peut-être que c’est parce que je n’aime pas mon prof (que mes camarades de classe surnomment Disney l’Idéaliste) ou peut-être que c’est la faute à la société qui m’empêche de bien faire mes devoirs à la maison (ce n’est pas de ma faute si les garçons préfèrent jouer à Attrape-moi-si-tu-peux plutôt qu’à Viens-on-va-fonder-des-projets).
Il faut dire que je ne suis pas la seule à être une quiche en amour. Nous sommes si nombreuses à être trop gentilles, à se laisser marcher sur la couenne, à adopter la posture de la carpette de salle de bain. Mais heureusement pour nous, j’ai trouvé un manuel d’utilisation super utile. De quoi nous faire des anti-sèches à placer sous la bottine en cas d’interro surprise, quoi.

Pourquoi lire Pourquoi les hommes adorent les chieuses ?

Parce que c’est un guide qui apprend à son lecteur qu’en amour, il faut savoir se respecter avant tout. Je sais que ça a l’air terriblement logique. Mais attendez, je répète. J’ai bien dit « SE respecter », et non pas « SE FAIRE respecter ». Car il faut tout d’abord commencer par-là : se respecter soi-même ne coule pas forcément de source pour une fille gentille… Et je vais vous expliquer pourquoi. (chronique garantie sans spoil)

Sachez tout d’abord que ce guide de Sherry Argov est passé quasi-inaperçu dans nos librairies, ce qui est dommage. Mais Outre-Atlantique et Outre-Manche, il avait gagné le rang des best-sellers. Ce qui n’est pas étonnant car Sherry a de bons arguments. Comme beaucoup de ses compères qui ont publié des livres du type « ce que veulent les hommes », elle s’est appuyée sur une centaine de témoignages qu’elle a compilés et mis en forme… avec beaucoup d’humour.
On y trouve des scénarios inspirés de la vie réelle, des métaphores invraisemblables et des tableaux comparatifs entre « ce que la gentille fille fait » et « ce que la chieuse ferait », nous démontrant ainsi par A + B qu’un homme sera toujours plus attiré par une femme forte qui sait ce qu’elle veut plutôt que par une femme inquiète dont il peut faire ce qu’il veut.

Sherry a donc écrit des conseils avisés pour toutes les filles gentilles du monde. Célibataires, en couple, mariées… Peu importe. Ces sujets nous concernent toutes.
1 – Pour les gentilles célibataires : comment réagir lorsqu’un mec est en retard à un rendez-vous ? Pourquoi refuser de le revoir aussi facilement après qu’il ait annulé votre soirée à la dernière minute ? Quelle attitude adopter lorsqu’une bombasse fait son entrée dans la salle et qu’il la regarde du coin de l’œil pendant votre premier rencard ? Pourquoi il ne faut pas tout lui sacrifier ? Comment passer de la dépendante affective à la fille hyper sûre d’elle ? Pourquoi faut-il lui laisser de l’espace / ne pas le fliquer ? etc.
2 – Pour les gentilles en couple : pourquoi râler est inefficace sur un homme ? Comment se débarrasser de l’image de la « femme-mère » qui vous colle à la peau ? Comment agir pour qu’il fasse enfin ce que vous attendez de lui ? etc. (désolée, j’ai été moins attentive sur ces chapitres puisque je suis une single lady)

Le secret des femmes qui savent retenir et captiver un homme est là, dans ces pages. Un guide fabuleux qui se dévore d’une traite. A annoter, à remplir de post-its et à relire au besoin.
Attention, cependant : Sherry Argov ne tient pas un discours féministe à 100% dans son guide, mais elle revendique le fait que dans une relation, homme et femme doivent faire l’effort de se considérer comme égaux. (ce que la fille gentille a tendance à oublier puisqu’elle s’écrase, rappelons-le…)

Pourquoi je vous le recommande ?

Je sais qu’au premier abord, ça peut paraître superficiel. Mais ce livre a changé ma vision des choses. Je me suis mise à reconsidérer mes relations passées à la lumière de ces conseils judicieux.
Ainsi, mon premier vrai petit-ami s’est lassé de moi, et c’est en partie ma faute puisque j’avais la sale manie de tout lui céder : mon temps, mon énergie, jusqu’à sacrifier mes passions et mon ambition. Le suivant, je lui trouvais des tas d’excuses bidons. L’autre d’après, je le laissais m’attribuer la place de numéro 2 sur son emploi du temps (voire 3. Ou 4). Bref, les échecs s’expliquent souvent par notre capacité à laisser ces choses se faire selon le bon vouloir de ces messieurs. Mais mesdemoiselles, mesdames, réveillez-vous !
Depuis la lecture de ce livre, je me sens mieux. Ma féminité s’affirme, mes choix également, et je deviens maîtresse de ma vie sentimentale (même si elle est encore proche du néant)(mais il y a du mieux)(je me fais draguer maintenant, you-hou !)
Désormais, quand une copine me raconte ses mésaventures amoureuses, je lui dis : « Ne pose plus de questions rhétoriques, ma chère amie malheureuse, et note la référence que je vais te donner là-tout-de-suite ». Je crée une chaîne, voyez-vous. Ma meilleure amie m’a ainsi annoncé que ce guide était devenu sa bible de chevet. Un autre copain l’a offert à l’une de ses amies en galère. J’ai moi-même obtenu cet exemplaire grâce à une fille qui l’a lu à Dubaï, elle-même l’ayant emprunté à sa copine issue de Manchester. (il a même permis la concrétisation du mariage de cette dernière, c’est dire !)
Alors, si vous aussi, vous souhaitez troquer l’ignoble statut de fille-paillasson pour celui de la fille de ses rêves… Vous connaissez le chemin de la librairie !

New edit : Et si vous hésitez encore, je vous invite gaiement (et vivement) à lire cet excellent billet chez Childhood is Better 🙂

ophelie

Glousser Réfléchir

Les débutantes, de J. Courtney Sullivan. Une amitié sincère bordée de féminisme

12 août 2013

Je rejoins à mon tour la horde de filles/femmes qui ont lu/lisent/liront ce roman incontournable de l’été. Si vous n’êtes pas encore parti-e-s vous dorer l’épiderme sous le soleil des tropiques, je vous encourage vivement à vous procurer ce petit bijou littéraire qui ne manquera pas, j’en suis sûre, de vous faire réfléchir sur votre serviette. Les débutantes, c’est LE livre qu’il vous faut caler dans votre valise (ou votre sac à main pour celles qui ruminent déjà la fin des vacances).
Zoom sur l’un de mes petits coups de foudre de l’année.

 

Pourquoi lire Les débutantes ?

1. Parce qu’on y parle d’amitié… et de féminisme. Les débutantes, c’est l’histoire de quatre filles qui débutent dans la vie. La vraie. Celle avec le premier appart’, le premier vrai petit-ami, le premier vrai bébé et le premier vrai crédit.
Elles s’appellent April, Bree, Celia et Sally. Ces jeunes donzelles américaines se sont connues à l’université Smith, l’un des établissements féministes les plus connus des Etats-Unis. Là-bas, elles ont connu l’amour, le savoir, la fierté et, par-dessus tout, la force d’une amitié indéfectible. Elles s’encouragent, s’analysent, se soutiennent. C’est le temps des promesses et des espoirs magiques.
Mais une fois le diplôme en poche, le tourbillon de la vie les sépare. Désillusions, rêves brisés, cœurs massacrés… A 26 ans, chacune entre dans l’âge adulte à sa manière, tentant malgré tout de maintenir le lien qui les unit contre vents et marées.
Lorsque l’une d’entre elles disparaît, c’est le drame. Vient alors le moment de se retrouver, de reconstruire ensemble les souvenirs oubliés afin de récupérer ce qu’elles ont de plus cher : elles-mêmes.

2. Pour la forme du récit-choral. Chaque fille dissimule un lourd secret, bientôt dévoilé au fil de la lecture comme au fil des soirées qu’elles passent à picoler dans leurs chambres estudiantines. On identifie alors chacune d’entre elles plus facilement via ces anecdotes. On se sent s’attacher aux héroïnes progressivement… jusqu’à envier cette relation qu’elles entretiennent !

3. Pour la découverte de l’université Smith. L’ambiance qui y règne. La pensée qu’elle véhicule. L’enseignement qu’on y dispense. On apprend ainsi que le féminisme est multiple : les « Smithies » sont extrémistes, militantes ou sympathisantes… parfois même sans avis particulier. Même au sein du petit groupe de copines que forment Bree, Sally, April et Celia, la façon de se définir comme féministe diffère. Les réflexions qu’elles mènent sont riches et remettent en question les préjugés et les clichés. Et ça c’est bon !

 

Pourquoi je vous le recommande ?

Parce qu’ils sont trop rares, ces livres qui parlent de féminisme sans tomber dans l’ultra-lourd. Lire Les débutantes, c’est accepter de se laisser bousculer. On y parle de sexualité libérée, d’homosexualité, de violences faites aux femmes, d’histoires d’amour menées tambour battant avec des hommes immatures ou irresponsables et, bien sûr, de militantisme.

Si moi j’ai aimé, c’est surtout parce que j’adhère (en partie) à ce mode de pensée. « Homme, cesse donc de dire que je conduis mal parce que je suis une femme » ; « Homme, mon ambition vaut bien la tienne, ne crois pas que je vais laisser tomber ma carrière pour devenir ta femme au foyer » ; « Homme, cesse de me demander où je vais sans toi et pourquoi, ça ne te regarde pas ».
D’ailleurs, si j’avais un homme à portée de main, je lui plaquerais immédiatement ce livre sur le torse en lui disant : « Chéri. Vraiment. Si tu veux me comprendre… tout est là. »
Oui. Parce que tout est là. Ou, du moins, une partie de moi. Une partie de nous, les filles. Les femmes.

ophelie

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Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes. Ou le déficient mental devenu intelligent

5 août 2013

« Vas-y, lis-le, tu vas pleurer. » Elle ne croyait pas si bien dire. Nous étions dans les rayonnages d’un magasin Chapitre. Mon amie me tendait l’ouvrage avec insistance en m’encourageant d’un « Tu vas voir, c’est trop triste ». Hum. Oui. Comme je suis un tantinet maso, je l’ai fait passer en caisse sans protester.

Mais je l’ai laissé quelques temps sur mes étagères. Je savais pertinemment que ce livre me promettait de longues heures d’émotions fortes si j’en commençais la lecture. Pendant un temps, je l’ai ignoré. Volontairement. Mais les mois ont passé. Et je me suis dit qu’avec un peu de chance (et considérant ma vitesse de lecture), il serait vite ingurgité. Oui, mais… C’était sans compter son impact sur mes glandes lacrymales.

 

Pourquoi lire Des fleurs pour Algernon ?

1. Pour… pleurer comme un bébé à la fin du récit. Algernon est une souris de laboratoire rendue suprêmement intelligente par les expériences du Pr Nemur et du Dr Strauss. Enhardis par ce succès, ils décident de tenter la même chose sur Charlie Gordon, un attardé mental de 33 ans qui souhaite par-dessus tout devenir « un teligent ».
Considéré comme un vulgaire cobaye de laboratoire, l’homme se retrouve alors doté de capacités intellectuelles étonnantes, décuplées petit à petit depuis l’opération. Charlie se sent alors comme délivré.
Commence pour lui l’apprentissage de la vie dans le vrai monde, entre tourbillons et désillusions. Son éveil à la réalité n’aura, hélas, rien de très facile. Néanmoins, dans ce méli-mélo de nouveautés et de sensations fortes, Charlie parviendra à tisser des liens amoureux avec son ancienne psychologue, la jolie Miss Kinian.
Un jour, la petite Algernon montre des signes de faiblesse. L’intelligence de la souris décroît à une vitesse vertigineuse et finit par l’achever, ce qui n’augure rien de bon pour le prodigieux Charlie…

2. Pour les compte-rendus de Charlie, qui constituent la narration à part entière. Ce pauvre garçon est chargé de rédiger tout ce qui lui arrive au cours de l’expérience. Avant, pendant, après. De cette façon, nous suivons sa progression mentale… qui évolue d’une manière impressionnante !
Pour preuve : les premiers compte-rendus sont assaisonnés d’un maximum de fautes d’orthographe, ceux du milieu du bouquin sont difficiles à comprendre tant son mode d’expression se complexifie, jusqu’à ce qu’il retombe… dans « la bêtise ».

3. On est touché-e-s par l’histoire de ce bougre à qui la vie n’a fait aucun cadeau. Rejeté violemment par sa mère qui voulait le rendre « normal », envoyé en asile avant d’être admis dans une boulangerie pour y faire le ménage, Charlie Gordon a vécu dans une situation dont il était incapable de saisir la gravité.  Pour lui, devenir « un teligent » est une chance, un dernier espoir. Il pourra enfin se faire aimer des autres ! A la lecture, notre gorge se noue souvent. Surtout lorsqu’il évoque des événements dramatiques survenus au cours de son existence… (arf)

 

Pourquoi je vous le recommande ?

Le style « journal intime » est surprenant, certes, mais surtout pour sa richesse narrative. Flashbacks, ressentis, opinions, descriptions de recherches, exploration des savoirs et des sens…
Ce qui marque : le fait de se mettre « à la place de ». Rien à voir avec le « je » traditionnel que l’on retrouve partout en littérature. La vérité, c’est que plonger dans les pensées d’un attardé mental est perturbant.
Finalement, ce livre nous donne l’occasion de faire une expérience à notre tour : celle d’être Charlie Gordon. Mon empathie semble s’être révélée à travers ce texte. On se laisse facilement attendrir par le personnage. Sa naïveté du début est touchante. Son incompréhension totale du monde qui l’entoure nous donne envie de le guider. On se délecte ensuite de sa montée en puissance puis, lorsqu’on s’en lasse, elle décline à vitesse grand V. Le timing est parfait.
De quoi vous faire réfléchir aux progrès de la science et aux vies qu’on détruit en son nom. La qualité est bien là. Ce n’est pas pour rien que ce roman a été élu Meilleur roman de l’année en 1966, après tout.

ophelie

Réfléchir Rire

Je ne me souviens de rien et autres réminiscences, de Nora Ephron. L’une de mes plus belles rencontres

29 avril 2013

C’était il y a quelques semaines. Un achat irraisonné comme je suis capable d’en faire lorsque j’ai le moral en miettes. Le livre était là, posé sur une étagère du dessous, avec ses petits copains aux titres irrésistibles. J’étais dans un centre culturel appartenant à une grande chaîne dont je tairais le nom. Normalement, je ne dépense jamais mon argent dans ces endroits-là : j’ai une éthique, vous savez.
Pourtant, le format proposé par la maison d’édition Baker Street (que je ne connaissais pas, soi-dit en passant) m’a plu d’emblée : couleur mate, couverture épurée et… couleur flashy. Et je n’ai pas pu résister à la seule illustration figurant sur la couverture… une machine à écrire. Oui. Comme dans Populaire.
Il fallait que je m’empare de ce livre.

Pourquoi lire Je ne me souviens de rien ?

Il faut déjà savoir qui est Nora Ephron. Elle est la génialissime scénariste des films à succès Quand Harry rencontre Sally, Nuits blanches à Seattle ou Vous avez un mess@ge. Scénariste donc, mais aussi réalisatrice et productrice. Autant de talents réunis en une seule personne, c’est trop injuste.
Nora a quitté ce monde à l’été 2012, alors qu’elle n’avait que 71 ans. Dans ce livre, elle a compilé de petits textes sur des événements et des choses qui ont marqué sa vie. Le tout sans lâcher le style humoristique qui la caractérise si bien.

 

Pourquoi je vous le recommande ?

(Pour les habitué-e-s du blog, vous remarquerez que je passe directement à mon avis personnel. C’est parce que ce livre ne mérite pas qu’on en souligne les points forts : il est un point fort à lui tout seul ! Parlons-en avec le cœur.)
Ma rencontre avec ce livre – et avec Nora – s’est faite par le plus grand des hasards. Même après de nombreuses hésitations, ma petite main innocente l’a conservé jusqu’à la caisse. Et bien m’en as pris !
Une fois au lit le soir venu (sans ma tisane)(je ne bois plus de tisane)(la cuisine se trouvait trop loin de moi en fait), je me retrouvais pourtant quelque peu stupéfaite : l’auteure réservait à son lecteur de mini-textes au ton sucré, le tout dans un format patchwork qui a eu le mérite de me désorienter pendant deux « chapitres ».
Puis… vint le moment intense de la séduction.
Notons que mon attrait pour ce bouquin tenait sûrement au fait que je fasse partie du métier (à mon niveau, cela dit. Je n’ai encore jamais mis à pied aux USA, et encore moins à Hollywood)(oh monde cruel).
Le livre commence donc à l’envers. Nora évoque tout d’abord sa vieillesse, inexorable, incontrôlable, une chose cruelle lui ôtant ses plus beaux souvenirs. Diantre ! « Serait-ce là une autobiographie ? » me demandai-je du fin fond de mon matelas.
Mais que nenni ! Autres pages, autres images. Nora me catapulte brusquement dans une autre époque : celle de ses débuts dans le journalisme, un métier duquel elle est tombée éperdument amoureuse, livrant une bataille de tous les jours contre la suprématie des hommes dans le milieu. Là, j’y trouvais mon compte.

 

En une vingtaine de textes, Nora partage de petits aspects de sa vie. On se prend à l’envier (elle a connu tant de titans du showbiz !), à l’admirer (elle a su égaler les plus grandes plumes journalistiques) et à l’adorer (grâce à elle, jamais nous n’aurions connu la comédie romantique telle qu’elle est aujourd’hui).
Pas à pas, nous l’accompagnons au fil des pages, découvrant ce qui a fait d’elle une si belle et grande personne. L’intrusion dans sa vie se pratique à fond, jusqu’à pénétrer dans ses affres sentimentales et sa sphère familiale. Le tout sans même tremper le doigt dans le kitsch, le lourd et l’imbuvable.
Pour moi, Nora est devenue une amie de papier. Le genre d’amie qui ressemble à une femme âgée, celle qui vous sert thé et caramels mous au coin du feu en vous expliquant comment elle a vécu l’arrivée d’Internet. Celle avec qui vous riez de ses aventures avec les hommes tout en confectionnant des cupcakes. Celle qui vous confie d’une voix basse ce qui lui manquerait lorsqu’elle quitterait ce monde…
Une belle rencontre littéraire.

ophelie

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Une certaine idée du bonheur, de Rachel Kadish. Ou comment une célibataire féministe tombe amoureuse

2 décembre 2012

Pourquoi lire Une certaine idée du bonheur ?

1. Parce que c’est le genre de livre qui, à chaque page, vous donne l’impression de vous rapprocher un peu plus de la Vérité. Tracy est une prof de littérature américaine, célibataire dans l’âme et dans la vie, qui se contente de regarder les autres se planter en amour. Bien emmitouflée dans ses préjugés et ses idées préconçues sur la vie de couple et le bonheur, elle se met à perdre les pédales lorsqu’elle tombe inopinément amoureuse de George, mâle intelligent de son état.

2. Parce que c’est un bouquin d’une poésie et d’une verve rares, vraiment. Le nom de Rachel Kadish pourrait s’inscrire dans la case universelle des « écrivains de talent ». Vous vous perdrez sûrement autant que moi dans les références à la littérature d’outre-mer et d’outre-atlantique, mais il faut bien avouer que le style force le respect. Les descriptions sont limpides, la banalité des expressions est toujours évitée et on goûte du bout de la langue l’humour piqué de l’auteure.

3. Si vous n’avez jamais connu l’ambiance d’un département de Lettres à l’université, sachez que vous y serez plongé(e)s côté professeurs. Certes, les questionnements existentiels de ceux-ci paraissent dénués de sens pour nous, petits mortels mous du bulbe (hélas). Toutefois, on y apprend qu’ils se battent entre eux pour se faire titulariser, que la hiérarchie leur fout des bâtons dans les roues et que distribuer trop de bonnes notes à leurs étudiants peut leur porter préjudice. Avis aux thésard(e)s… On vous aura prévenu(e)s !

 

Pourquoi je vous le recommande ?

Me concernant, c’était un choix de lecture incité par Anaïs Valente dans son excellent Célibataire et fière de l’être. Tout ce qui touche à la condition de la célib’ endurcie m’interpellant vivement, je me suis lancée dans ce gentil pavé de 516 pages avec force enthousiasme !
Je peux donc affirmer que c’est un roman intelligent qui pose – notamment – la question du féminisme : comment l’adapter dans une relation d’amour fou et durable avec un homme dont le rêve est de vous embarquer dans ses projets en faisant abstraction des vôtres ? Lorsqu’on est terrée dans sa solitude, qu’on s’y complaît, qu’on s’y épanouit, comment composer avec un homme qui, soudain, nous fait aimer ?
L’idée était séduisante et le concept « le bonheur est atteignable, même toute seule » me faisait lever le poing de joie. Et une citation, pour la forme :

« Avant que je rencontre George, j’étais imbattable. J’étais une sprinteuse, enchaînais les tours de stade, je doublais ces autres coureurs ralentis par l’amour, les ruptures, les grossesses, leur insistance à vivre comme si l’existence était une rue à sens unique pleine d’opportunités personnelles qui ne se représenteraient jamais. »

J’ai été irrémédiablement conquise. Le plus ? On peut l’offrir à une copine célibataire qui pense tellement à réussir sa carrière qu’elle en oublie les hommes et les fustige régulièrement.

ophelie